Elle appela les filles de chambre, les mit aux ordres de sa belle cousine et, tandis que son mari s'occupait de ses cousins de Provence, elle assista à l'ouverture des coffres contenant les costumes de gala qu'avaient apportés les mules de bât.
Le marquis Riquetti de Mirabeau, deuxième du nom, sa femme et leurs fils furent présentés en grand apparat aux parents et aux amis de messire de Riquet.
Les fonctions du marquis à Aix, ses fréquents séjours à la cour lui donnèrent le prestige d'un mérite et d'une autorité indiscutables auprès des hobereaux qui l'entouraient.
—J'osais à peine, mon cousin, lui dit messire de Riquet, espérer votre venue.
—Il est de fait, mon cousin, que vos chemins sont diaboliques, et qu'il a fallu notre grand désir de vous voir pour continuer notre voyage à travers des fondrières sans nombre, des précipices assez effrayants et des rivières à peine guéables.
—Vous oubliez les rencontres inquiétantes, mon ami, continua sa femme, et les couchées dans des auberges qui avaient tout l'air de coupe-gorges.
—Moi qui ne viens que de Toulouse, madame, dit le président, je n'ai pas trouvé de meilleurs chemins, je vous assure. Qui donc nous créera enfin une route praticable, entre mon pays et le vôtre, madame? celui-là sera salué par les bénédictions de tout un peuple.
—Qui sait? répondit, avec son fin sourire de provençale, la marquise de Mirabeau, qui sait, nous allons peut-être le baptiser aujourd'hui, celui-là.
La conversation fut amenée ainsi sur l'acteur principal de la journée qui commençait: on s'informa du poupon et, malgré les plus vives instances, Mme de Riquet ne consentit pas à le laisser voir.
—Songez donc, disait-elle, le pauvre enfantelet, on ne l'habillera qu'au moment de la cérémonie. Il sera temps alors de le présenter à sa famille et de lui faire effectuer sa présentation officielle dans le monde.