Les hommes s'étaient rassis, ébranlés par les sages paroles de Pierre. Ils baissaient la tête, comprenant la justesse de ce qu'ils venaient d'entendre.

Seul Rousse, l'air sombre, répétait:

—Ça ne peut pas durer!

—Doit-on te saisir aujourd'hui, Rousse, demanda Pierre?

—Oui, tout à l'heure, répondit le fermier avec un ricanement.

—Si tu obtenais du temps, pourrais-tu payer?

—Oh oui! maître Pierre, s'écria Germaine, oui, dans six semaines nous le pourrons, c'est certain, après la moisson. Et le visage de la pauvre femme se tourna vers Pierre, illuminé par un espoir subit.

—Tais-toi, femme, fit Rousse; M. Riquet est bien trop dur au pauvre monde pour nous accorder un répit d'un jour.

—M. Riquet dur! s'écria Pierre qui bondit, lui dur! vous ne le connaissez pas; non, reprit-il avec énergie, vous ne le connaissez pas! Il ne s'occupe jamais des détails de l'administration fiscale. Sait-il seulement que l'on saisit? Vous imaginez-vous que ces rigueurs s'exercent par ses ordres? Le roi a fixé le taux à payer pour les gabelles, M. Riquet est le fermier, il faut qu'il paie, lui aussi. L'accuser, lui, c'est absurde! acheva Pierre, hors de lui.

En ce moment une clameur se fit entendre, tous les paysans ou bûcherons se précipitèrent au dehors.