Le collecteur, ne se sentant plus en sûreté, avait requis, pour l'accompagner, la force armée.
A la tête du cortège marchait un soldat battant du tambour, ensuite un huissier à mine patibulaire, tenant une clochette à la main.
Des soldats suivaient, et au milieu d'eux le collecteur.
Lorsque la petite troupe fut arrivée devant la chaumière de Rousse, le collecteur fit un signe, l'huissier sonna sa clochette et le chef du petit détachement commanda halte.
C'était un sergent, beau gaillard, de façons conquérantes; il portait un justaucorps écarlate, bordé de galons mi-partis bleu et argent, ses chausses, ses bas, ses parements et les retroussés de son habit étaient bleus ainsi que son nœud d'épaule. Son sabre était suspendu à un baudrier blanc comme la cocarde de son chapeau à trois pointes, galonné d'argent, et posé de côté sur une coiffure à la cadenette nouvellement introduite dans l'armée. Celle coiffure se composait des cheveux frisés devant et réunis derrière en une queue attachée par un nœud de cuir. Il tenait à la main une longue canne à pomme d'ivoire.
Les soldats portaient aussi l'uniforme rouge, ils étaient vêtus comme leur sergent, sinon que le galon, d'argent chez celui-là, était en laine blanche chez ceux-ci.
Ils avaient sur l'épaule un fusil, invention nouvelle qui venait de remplacer le mousquet.
Leurs visages étaient sombres, ils étaient mécontents; le sergent mordillait sa moustache, se tenant à l'écart, ennuyé d'être obligé de prêter assistance à ce vilain corbeau comme il nommait aimablement le collecteur. L'huissier tira des papiers de ses vastes poches et commença la lecture du procès-verbal de saisie.
Quand il eut fini, il cria d'une voix claire:
—Jean Rousse, au nom du roi, je te fais itératif commandement d'avoir à payer la somme portée en l'acte, et les frais afférents.