Jean toujours immobile se mit à rire d'un air sinistre, ses yeux s'allumaient d'une colère encore contenue, et une de ses mains, cachée derrière lui, serrait nerveusement sa hache.

—M'as-tu entendu, Rousse? répéta le collecteur avec brutalité.

—Grâce, monsieur, cria Germaine; consentez à attendre, soyez compatissant! Voulez-vous donc notre mort à tous? Voyez mon petit enfant, il mourra si vous nous enlevez tout jusqu'à son berceau! Grâce, attendez! disait-elle se traînant à genoux.

—Il y aura toujours assez de mauvaises graines comme vous, fit le collecteur grossièrement. Allons, place! dit-il à Jean.

—Tu n'entreras pas chez moi vivant, cria Rousse qui brandit son arme en s'élançant sur le collecteur.

Avec la rapidité de l'éclair, Pierre se jeta en avant; d'un violent coup de poing il étendit à terre le collecteur qui évita ainsi le coup mortel qui allait l'atteindre; puis saisissant la hache que Rousse tenait levée, il la lui arracha des mains et la lança au loin.

—Ah, traître! tu me désarmes, criait Rousse écumant de rage.

—Je te sauve, lui dit Pierre, veux-tu donc aller aux galères?

—A moi, soldats, cria l'agent du fisc en se relevant.