Je rapporterai ici ce que nous disaient les soldats autrichiens: «Eh! petits carmagnoles [10], vous ne sortirez pas d'ici que vous ne soyez en notre pouvoir. Notre général a dit que si votre bonnet rouge était de force à faire partir l'aigle impérial, et à faire lever le siège, il adopterait votre constitution et serait du parti des républicains [11].
Il ne l'a pas adopté, mais il a eu la chasse républicaine.»
18 octobre.--Sortis de notre camp à la découverte, nous nous sommes rendus à Hautmont, village à gauche de Maubeuge, tout en désastre. On était après la moisson; l'ennemi s'est servi des grains pour faire des baraques et donner à manger aux chevaux. C'était la plus grande désolation. Les habitations des cultivateurs dévastées et même en grande partie brûlées. Voyez un peu ce qu'est la guerre. Malheur au pays où elle est posée! Les habitants n'y peuvent qu'être malheureux.
Quoique nous n'ayons pas été longtemps bloqués, je dirai que nous sentions déjà notre misère, les vivres nous étaient retranchés (rationnés); la rivière passait au bas de notre camp, mais l'ennemi nous avait coupé l'eau; nous étions obligés de la prendre dans les fossés des retranchements où on allait faire les nécessités. La pluie, qui tombait continuellement faisait de tout cela un mélange. Aussi plusieurs de nous y avaient gagné le flux de sang.
Revenons à nos contremarches: l'ennemi a été repoussé, mais il faut garder ses passages.
29 octobre.--Partis de Hautmont pour aller à la droite de Maubeuge, dans un village appelé Marpent, sur le bord de la Sambre, où de temps en temps on se souhaitait le bonjour à coups de fusil avec les postes autrichiens.
14 novembre.--Partis de Marpent pour aller au camp de Saint-Remy, sur les hauteurs, jusqu'au 29. Ce dernier jour, nous sommes allés à Colleret.
Année 1794
Nous avons quitté Colleret pour Damousies le 12 janvier 1794, deuxième année de la République. Tous ces villages étaient en première ligne, près des avant-postes ennemis; car les impériaux avaient un passage sur la Sambre, près de Beaumont de sorte que nous étions obligés de nous garder partout. On allait fourrager pour la cavalerie sur leurs frontières, car les fourrages n'étaient pas bien abondants dans des pays où la troupe est toujours campée.
De Damousies, nous sommes venus, le 19 janvier, au village d'Aibes, toujours en première ligne où le bivouac était continuel. Là, je suis passé sergent, par ancienneté de grade, le 26 pluviôse.