Nous avons reçu dans ce temps des recrues de la réquisition, et les compagnies ont été au grand complet. À peine avait-on le temps de montrer les premiers principes d'exercice à tous ces hommes qu'il fallait aller se battre; aussi, la rigueur de l'hiver nous a causé bien des maux. Dans ces temps là, il n'y avait point d'armistice: hiver comme été, on était toujours en campagne.
Quitté Aibes, le 6 germinal, pour nous rendre à Jeumont. La moitié du bataillon a campé à une demi-lieue à droite, à un bois nommé le Bois de l'abbaye brûlée. Tous les quatre jours, on relevait les postes à quarante pieds de distance de l'ennemi, et, en d'autres endroits, il n'y avait que la Sambre qui séparait. Dans cet endroit, bien des fois nous nous sommes souhaité le bonjour à coups de fusil. On ne cherchait qu'à se surprendre les postes et à enlever les sentinelles.
Le 22, nous sommes partis de cette position. L'ennemi faisait de nouvelles tentatives pour bloquer Maubeuge. Encore une demi-heure plus tard, cela en était fait. Mais la brave armée du Nord ne s'est point découragée. Nous avons battu en retraite à deux lieues près de Cerfontaine, où était le quartier général. Toute la troupe était sur une ligne, disposée au combat qui a commencé aussitôt. La colonne autrichienne a été repoussée au delà de ses positions, laissant une très grande quantité de morts, de blessés et de prisonniers.
Nous avons repris notre position dans le village. Nous y avons trouvé de leurs chasseurs à pied qui avaient passé la Sambre pour piller; nous leur avons fait des prisonniers, et le reste de la journée s'est passé à se donner des saluts républicains [12].
Avant de quitter les frontières du Hainaut, pour l'autre rive de la Sambre, je parlerai de la situation des habitants. La plupart n'avaient plus d'habitations (et encore combien avaient perdu la vie!). Je compare l'ennemi à une grêle qui ne laisse rien dans les campagnes où elle passe.
Dans ces contrées si fertiles, ces habitants vivaient tranquilles; leurs terres produisaient de bon froment, toutes sortes de grains, de fruits et de légumes. Le vin, très cher, n'est pas beaucoup en usage; la bière est la boisson. Leur manière de vivre est très simple: lait, fromage et fruits, c'est là leur usage. Bétail à cornes très beau; chaque habitant en possède plus ou moins selon son pâturage; il a des clos entourés de bois de tous genres desquels il tire du chauffage pour l'hiver; dans ces clos, il coupe le premier foin; après cela, leurs vaches y restent jusqu'à l'hiver sans rentrer à l'écurie. On ne voit presque pas les villages qu'on ne soit dedans; c'est tout clos, avec de grands bois à l'entour et près de chaque maison. La plupart des maisons sont couvertes de paille. Dans ce pays, les deux sexes y sont affables et humains.
8 floréal.--Nous sommes entrés dans la ville de Beaumont après une bataille avec les émigrés où il y en a beaucoup de restés sur le champ. Nous n'en avons faits prisonniers que très peu, car ils ne se rendaient pas volontiers.
Nous avons chassé l'ennemi de ses fortes positions autour de la ville; nous nous en sommes emparés sur-le-champ; elles nous étaient avantageuses.
18.--Arrivés au camp de Beaumont. Repartis le 20 à huit heures du soir, traversant la ville pour aller bivouaquer, jusqu'à la pointe du jour, sur la route de Mons, à deux lieues en avant. À la pointe du jour, nous avançons sur l'ennemi campé dans la plaine. Ses dispositions pour nous recevoir n'ont pas été assez promptes; il a pris la fuite dès notre première attaque. Dans cette même affaire, j'ai été détaché avec des tirailleurs pour débusquer les leurs d'un village; nous en avons pris huit et tué quelques uns. Le reste a pris la fuite.
22.--Après avoir fait plusieurs mouvements, malgré la pluie qui tombait tous les jours et rendait les routes impraticables, nous nous sommes arrêtés dans la plaine de Beaumont pour y passer la nuit.