23.--Dès la pointe du jour, la troupe a été divisée en trois colonnes; celles de droite et de gauche ont attaqué l'ennemi avec tant d'ardeur qu'elles l'ont fait se jeter sur nous au centre. Il y avait plus d'une demi-heure que nous entendions ronfler le canon et la fusillade. Il y avait un murmure dans notre colonne de ce qu'on était dans l'inaction. Tout à coup, on a vu l'ennemi manoeuvrer sur nous, ils n'ont pas été reçus avec moins d'audace. Nous les avons forcé à repasser la Sambre; plusieurs d'entre eux ont bu plus qu'ils n'ont voulu. Nous avons passé après eux; nous les avons poussés à plus de deux lieues au pas de charge. Nous avons pris plusieurs canons, quantité de prisonniers; très grand nombre de tués. On n'aurait pas arrêté si la nuit n'avait empêché de poursuivre.
24.--Nous nous sommes mis en marche dès la pointe du jour. Une colonne a longé la Sambre; l'autre avançait sur la droite. L'ennemi nous attendait dans ses fortes redoutes. Nous n'avons pas hésité. Le feu a commencé par une canonnade très vive. Notre artillerie s'est mis en devoir de répondre avec ardeur, elle a été soutenue par le feu de l'infanterie qui s'est avancée au pas de charge et a enlevé la redoute de vive force, malgré un feu terrible.--Toute la troupe a montré un courage digne de véritables républicains.
Nous leur avons pris quatre pièces de canon et leurs caissons, plusieurs prisonniers et beaucoup de tués. Nous les avons poursuivi, baïonnette aux reins, pendant une demi-heure, ils ont atteint un village derrière lequel ils ont pris position, avec un renfort qu'il leur venait du camp de Grisvel sous Maubeuge, ce qui nous a tenu en échec devant le village nommé Grand-Reng. On s'est mis en bataille devant le village et on a envoyé une grande quantité de tirailleurs qui ont de premier abord enlevé le village; il leur a été repris: de rechef, ils y ont rentré, mais venant à bord de l'autre côté, des pièces à mitraille ont développé leur feu sur eux, il était impossible de passer outre. Pendant huit heures, le feu n'a pas cessé d'un côté à l'autre. Le soir venu, les munitions ont manqué, nous avons été obligés de leur abandonner notre position et de repasser la Sambre. Nous avons perdu assez de monde [13].
Les jours précédents avaient été favorables. Ce jour-là, nous avons perdu presque tout le terrain gagné, mais nous avons toujours notre passage sur la Sambre.
Voici donc de l'ouvrage à recommencer. Voyons si on s'y prendra de la même manière.
Il a fallu marcher toute la nuit pour arriver dans la plaine, où nous étions le 22.
25.--Malgré la pluie et le mauvais temps continuel, nous avons changé de position en nous rapprochant de l'ennemi. Nous n'avions pour couvert que le ciel.
26.--Nous nous sommes avancés pour nous opposer à la marche de l'armée autrichienne sur les bords de la Sambre. Le combat s'est engagé par nos tirailleurs tirés des compagnies à tour de rôle; l'artillerie les a secondés du matin au soir avec succès; elle a défait des pelotons de cavalerie, démonté plusieurs pièces; nos obus ont fait sauter des caissons, tué beaucoup de soldats et de chevaux. Une partie de nos soldats criait: «Venez, soldats de l'aigle impériale, vous ne résisterez pas longtemps à l'ardeur des soldats sans-culottes!»
Notre perte n'a pas été grande dans cette journée; un boulet nous a tué deux chevaux. Nous avons passé la nuit sous les armes.
27.--Pris position au village de Hantes, sur la Sambre. L'ennemi a fait une tentative pour passer dans l'endroit où nous étions, mais il n'a pas réussi.