30.--Quitté notre position pour nous rendre sur les hauteurs de l'abbaye de Lobbes. Cette abbaye a été brûlée à la retraite des Autrichiens.

Ier prairial.--Nous allons attaquer l'ennemi; l'artillerie et les tirailleurs commencent. Fusillade soutenue de midi à la nuit. Le 2, le combat s'est engagé de même, mais avec beaucoup plus de succès; l'ennemi s'est retiré dans ses fortes redoutes près de Grand-Reng, où le feu a duré jusqu'au soir. Journée sanglante pour les deux partis; nous nous sommes retirés sur les hauteurs près de Grand-Reng. On a établi les postes tout près de ceux de l'ennemi.

Nous sommes restés quelques jours dans cette position [14].

5.--On dégarnit notre colonne de cavalerie et d'une partie de l'infanterie pour les faire passer à la droite qui ne se trouvait pas assez forte. L'ennemi voit ce mouvement et prépare le combat.

Nous n'avions aucun ordre de prendre les armes le matin. Ordinairement, c'est le matin que les grands coups se faisaient. Nous étions tranquilles sous des petits brise-vent que nous avions faits avec des branches d'arbres; un brouillard très épais empêchait nos avant-postes de découvrir les mouvements de l'ennemi quand il les a surpris. Aussitôt, on entend crier de toutes parts: Aux armes! Chacun a couru se ranger en bataille. Ils étaient déjà dans notre camp, et leur cavalerie s'avançait à grands pas sur la route de Mons. Il y avait une pièce de douze et une de huit chargées à mitraille; nos canonniers y ont mis aussitôt le feu et ont retardé leur marche. Ils étaient beaucoup plus forts que nous; néanmoins, ils ont été reçus d'une manière républicaine, mais, malgré notre vigoureuse résistance, nous avons été obligés de battre en retraite et de repasser la Sambre. Dans notre colonne, il n'y avait que le régiment de cavalerie n° 22 au moment de la retraite. Nous avons eu cent hommes hors de combat. Le reste de la journée s'est passé à tirailler. Passé la nuit à Jeumont; le pont qui nous a servi se nomme Solre-sur-Sambre.

À l'affaire du 5 prairial, près Grand-Reng, le citoyen Mercier, fusilier de la compagnie d'Horiot (3e bataillon), natif de Provenchères, district de Joinville (Haute-Marne), combattit un hussard autrichien. Deux coups de sabre, sur la tête, et sur le poignet gauche le terrassèrent. «Rends-toi, coquin! dit le hussard.

--Un lâche le ferait, dit Mercier. Mais moi, non!»

Il se relève, prend son fusil de la main droite, met le canon sur la saignée du bras gauche, pose le doigt sur la détente et tue le hussard. Mais les blessures de ce vrai républicain étaient très dangereuses. Il est mort un mois après.

J'ai vu dans cette affaire des braves républicains couverts de blessures rassembler toutes leurs forces au moment où ils allaient exhaler le dernier soupir, s'élancer pour baiser cette cocarde, gage sacré de notre liberté conquise; je les ai entendus adresser au ciel des voeux ardents pour le triomphe des armées de la république.

Cailac, un de nos capitaines, eut la jambe fracassée par un boulet, et mourut au bout de trois semaines, disant: «Ma vie n'est rien; je la donnerais mille fois pour que la république triomphe.»