Tous ceux qui ont perdu la vie dans ce siège n'ont donné, au milieu des douleurs les plus aiguës, aucun signe de plaintes. Leurs visages étaient calmes et sereins; leur dernière parole était: Vive la République! C'est au lit d'honneur qu'il faut voir nos guerriers, pour apprendre la différence qui existe entre les hommes libres et les esclaves. Les valets des rois expirent en maudissant la cruelle ambition de leurs maîtres. Le défenseur de la liberté bénit le coup qui l'a frappé; il sait que son sang ne coule que pour la liberté, la gloire et pour le soutien de sa patrie.

À la colonne de gauche et à celle de droite, qui était l'armée de la Moselle, le canon n'a cessé de ronfler toute la journée. Le combat a été sanglant comme il n'avait jamais encore paru [18]. Deux fois la colonne de droite a été repoussée, et deux fois elle a remporté la victoire; elle leur a pris quinze pièces de canon de tout calibre. La colonne de gauche a eu le même succès. Des fois, qui croit vaincre est vaincu; avec leurs grandes forces ils cherchaient à nous bloquer, et ils ont été pris quand même.

Nous avons perdu quelques braves républicains, mais on pourra juger de la perte de l'ennemi, toujours grande pour celui qui est obligé de prendre la fuite. Cette journée a été une des journées victorieuses de la République, elle portera pour toujours le nom de bataille de Fleurus.

Dans ce jour mémorable du 8 messidor, une infortunée délaissée de son mari qui avait émigré et n'ayant pas de quoi subsister était, sous des habits d'homme, avec son frère, à son rang de compagnie. La compagnie étant dispersée en tirailleurs, les tirailleurs ennemis, qui avaient eu un moment un peu d'avantage, sont venus charger les nôtres, dans la mêlée; elle s'est trouvée avec peu de monde environnée d'un grand nombre d'Autrichiens. Elle s'en est tirée en brûlant la cervelle de celui qui la tenait, ne cessant de dire que jamais elle ne se rendrait, que sa vie était sacrifiée à sa patrie. Ces tyrans lui promettaient d'avoir égard à son sexe et de ne la prendre que comme prisonnière. Cette femme était, avec son frère, dans le 22e régiment de cavalerie, qui a réparé ce jour là la faute qu'il avait faite près de Grand-Reng.

Avant la prise de Charleroi, pendant que nous étions à bivouaquer sur les hauteurs de Fontaine-l'Évêque, l'ennemi ne se croyant pas en force se contenta de nous envoyer des boulets et des obus. Nous perdîmes plusieurs hommes, entre autres un tambour du bataillon. Un éclat d'obus traversa son sac de peau et son côté; il resta mort sur la place; deux autres soldats furent blessés du même coup. Un hussard Chamborant passant dans la place, prit la caisse du tambour et s'est mis derrière un chêne, battant la charge avec le manche de son couteau, ce qui a mis l'ennemi en fuite.

9.--Nous sommes venus prendre les positions que nous avions auparavant.

12.--Nous avons marché toute la journée pour aller bivouaquer devant la ville de Binche. Arrivés à onze heures du soir, nous avons passé le reste de la nuit sous les armes. L'attaque a commencé par une forte canonnade.

15.--Nous sommes partis pour attaquer l'ennemi en retraite vers Mons. À huit heures du matin, les tirailleurs se sont avancés au pas de charge avec deux pièces, ils ont poursuivi les Autrichiens si vivement qu'ils n'ont pas eu le temps d'entrer dans la ville de Mons. Notre cavalerie s'est emparée des passages dans les environs de la ville et aussitôt des bataillons y sont entrés, baïonnette en avant. Dans cette journée on a fait environ deux cents prisonniers.--Les autres colonnes ont encore poursuivi pendant deux heures. La nuit a tendu ses voiles [19]; il a fallu arrêter notre marche. Nous avons passé la nuit sous les murs de Mons.

16.--La ville rendue, nous avons été prendre position devant le village nommé Beausoir.

17.--Partis de cette position dès la pointe du jour, croyant trouver les Autrichiens, mais nous avons fait cinq lieues sans rencontrer personne.