22.--Partis à une heure du matin pour le camp de Baudribut.
24.--Dès la pointe du jour, nous avons passé la Sambre et campé devant le bourg de Fontaine l'Évêque.
28.--Levée du camp. Nous avons attaqué à une heure du matin pour favoriser le siège de Charleroi. L'attaque a été vive et s'est engagée par le feu des tirailleurs. Leur cavalerie, qui ne voyait que des tirailleurs, a chargé sur eux; ce brouillard l'empêchait de voir les bataillons qui étaient embusqués derrière les haies. Lorsqu'ils ont vu que la cavalerie était à une demi-portée de fusil, ils ont fait un feu de file. Plusieurs tués, quelques prisonniers; le reste a pris la fuite. Nous avons suivi, nous avons rencontré leur infanterie qui n'a pu résister à notre ardeur, nous avons fait beaucoup de prisonniers, nous avons pris deux pièces de canon avec leurs caissons tout attelés.--Après cette conquête, nous sommes revenus à notre position près de Fontaine l'Évêque; étant arrivés, nous avons reçu ordre de nous rendre au camp de Baudribut où était le parc; arrivés à l'entrée de la nuit, nous y sommes restés quelques jours.
30.--Nous avons levé le camp à deux heures du matin et passé la Sambre pour la dernière fois à quatre heures. Nous sommes venus nous placer à la gauche de Fontaine l'Évêque. À midi, l'ennemi s'est avancé sur deux de nos compagnies qui étaient en avant; il voulait les surprendre. Nos bataillons, qui ont aperçu la manoeuvre, se sont mis en bataille et se tenaient prêts à marcher, lorsqu'un éclaireur est venu nous dire qu'ils battaient en retraite. Sur-le-champ on s'est mis en marche pour les poursuivre; leur cavalerie d'arrière-garde a voulu nous charger, pour retarder notre marche, mais elle a été reçue d'une manière républicaine, une décharge leur a fait bien vite partager la retraite.
2 messidor.--Nous avons suivi l'ennemi sans trouver de résistance; ils nous laissent plusieurs pièces de canons et caissons tout attelés. Notre cavalerie fait un grand nombre de prisonniers à l'infanterie autrichienne. La nuit suspend la victoire, mais elle en prépare une nouvelle en nous laissant faire des contremarches à la faveur de son obscurité pour se disposer au combat dès la pointe du jour.
7.--L'ennemi s'est montré en force pour débloquer Charleroi, mais nous avons porté obstacle à son dessein.
Le feu a commencé à quatre heures du matin et a duré une partie de la journée.
Nuit passée sous les armes à la gauche du camp de Trazegnies.--Partis de ce camp à trois heures du matin pour aller nous réunir à l'armée de la Moselle. En marche, on nous a fait rester dans un chemin couvert, devant un village, pas bien loin de Charleroi. C'est dans cet endroit que nous avons appris la reddition de la place (du 7 messidor, à onze heures du matin) avec cinquante mille hommes [16], quatre-vingts bouches à feu et plusieurs petits magasins. Sortie le même jour, la garnison a déposé devant nous ses armes; elle a été de suite escortée et conduite en France. Cette ville a été bombardée sans que nous fassions beaucoup de retranchements, car elle a été débloquée plusieurs fois.
8.--Nous sommes sortis de notre chemin couvert pour nous opposer au défilé des colonnes autrichiennes pour nous cerner. Ce jour-là ils avaient réuni leurs forces de part et d'autre, pour nous donner une chasse, et faire lever le siège de Charleroi qui était rendu; mais ils n'en étaient pas instruits, car ils avaient si bien jeté leur plan qu'ils cherchaient à nous prendre entre deux feux. Il n'y avait plus à balancer; le combat a commencé à huit heures du matin par une forte canonnade, de toutes parts, avec une rapidité sans égale, comme jamais on ne l'avait entendu jusqu'alors. Notre courage semblait déjà nous annoncer la victoire, main hélas! dans un feu si terrible et si opiniâtre, les munitions ont manqué. Il fallut donc battre en retraite et nous retirer plus vite que nous n'aurions voulu, rencontrant des obstacles, des fossés, un village dont les rues étaient si étroites que la troupe ne savait où passer et se voyait presque au pouvoir de l'ennemi. La colonne autrichienne s'avançait avec rapidité pour nous prendre en flanc. Mais nous avons été plus tôt qu'elle au sommet de la montagne, et nous avons usé le peu de munitions qui nous restaient. Nous avons retardé leur marche. Je dirai que, en montant cette montagne, il tombait parmi nous des boulets, obus et balles comme grêle, mais cela a fait très peu d'effet, quoiqu'ils soient bien près de nous. Nous avons perdu très peu de monde et, grâce à la reddition de Charleroi, nous avons battu en retraite sous ses glacis. La retraite de notre colonne, qui était celle du centre, a été favorable à la défaite de l'ennemi qui s'est trop aventuré en nous poursuivant, et s'est trouvé pris en flanc. Il ne s'est retiré qu'avec peine et pertes [17].
Lors du siège de Charleroi, un canonnier du régiment de Suède s'écriait en mourant: «Cobourg, Cobourg, avec tes nombreux florins, tu n'auras pas payé une goutte de mon sang; je le verse tout aujourd'hui pour la République et pour la liberté.»