Toutes ces plaines où nous étions campés étaient retranchées du côté de l'ennemi par de fortes redoutes.

Ier fructidor.--C'est dans ce camp que nous avons été amalgamés avec le régiment de Beauce et un bataillon du Haut-Rhin [21]. Les officiers et sous-officiers se sont assemblés; on a fait la fête pendant deux jours, on a bu le vin d'alliance, on s'est juré de même que la fraternité régnerait entre nous jusqu'à la mort; et comme on servait la même patrie, on s'est promis de vivre toujours en paix comme des frères et de vrais soutiens de la République française. Le numéro que cette demi-brigade a eu dans ce moment était 127; elle a été commandée en premier-lieu par le général de brigade Richard et le général de division Poncet.

Dans ce camp, nous avons appris la reddition de Valenciennes. On a trouvé dans cette place 227 bouches à feu et quantité de poudre et autres magasins bien approvisionnés, plus qu'on n'en avait trouvé lorsqu'ils avaient été livrés.

14 fructidor.--Nous sommes partis à deux heures du matin: nous avons été camper dans la plaine de Maëstricht, et nous en étions encore à trois lieues en seconde ligne. La paille a été délivrée à toute la colonne.

On nous a annoncé la reprise de Condé; on a trouvé dans cette place 1,600 prisonniers, 130 bouches à feu, des munitions de bouche pour six mois, 6,000 paquets de cartouches, un très grand magasin de poudre à canon, 6,000 bombes, 6,000 boulets, et cette place en bon état de défense.

Le même jour, a passé dans notre camp un colonel anglais avec toute son escorte et trente chevaux, qui avaient été pris aux environs de Maëstricht par notre avant-garde.

C'est dans ce même camp que nous avons fait la réjouissance de la reddition de toutes nos villes que les Impériaux nous avaient ravies: le Quesnoi, Landrecies, Valenciennes, Condé.

Voici la manière dont la réjouissance s'est faite dans l'armée de Sambre et Meuse. La fête a été annoncée à six heures du matin par trois coups de canon des pièces de position qui se sont trouvées dans chaque division. À sept heures et demie, les mêmes pièces ont répété la même chose. La musique de chaque demi-brigade était placée sur le front de bandière, où elle jouait différents airs patriotiques pendant toute la cérémonie. À huit heures et demie un feu de bataillon a été exécuté dans chaque division en commençant à la droite d'icelle. Ce feu fini, le général de brigade a passé devant chaque bataillon en criant: Vive la République! Nous nous sommes unis à sa voix. La distribution de l'eau-de-vie a été donnée à toute la troupe. L'ordre a été donné que chacun rentre dans ses baraques. Ce n'était pas sans en avoir besoin, car depuis minuit nous étions sous les armes.

Ier vendémiaire, an III.--Nous sommes partis du camp, dont c'était la première fête sans culottine, pour nous rapprocher de Maëstricht, et nous joindre à notre avant-garde qui était sous ses murs et s'était vaillamment battue.

La ville de Maëstricht a été bloquée et cernée entièrement. Nous y sommes restés quelques jours, et de là nous nous sommes mis en marche. Nous avons passé la Meuse, au-dessus de Maëstricht sur des pontons pour rejoindre notre avant-garde, et aller à la poursuite des Autrichiens. Il est resté une partie de notre armée pour contenir la garnison de Maëstricht en attendant que nous ayons repoussé l'armée autrichienne au delà du Rhin. Nous avons marché plusieurs jours sans rencontrer aucun vestige de l'armée autrichienne.