Arrivés à une forte rivière nommée la Roër, c'est là qu'ils espéraient remporter la victoire et nous empêcher de passer. Ils étaient bien retranchés dans les endroits où on aurait pu passer. Malgré plusieurs obstacles qui se trouvaient devant cette rivière, nous n'avons pas hésité un seul moment pour attaquer.
La bataille a été sanglante aux deux partis, et a duré depuis le matin jusqu'au soir; à la nuit, on a fait abandonner la rivière à l'ennemi. Nous avons eu dans ce jour plusieurs centaines d'hommes de blessés. Nos pièces de position, au nombre de quarante, étaient aux environs de la rivière et n'ont décessé de jouer; la fusillade a fait de même. L'ennemi a répondu au feu d'enfer que faisaient les républicains. Le soir, lorsque le feu a cessé, nous nous sommes retirés un peu en arrière, dans la plaine qui touche la rivière, pour passer la nuit.
Nous les avons vus qui faisaient de grands feux, car ils brûlaient leurs baraques; nous avons jugé par-là qu'ils allaient prendre la fuite. C'était réel: vers minuit, ils se sont mis en marche.
On a travaillé toute la nuit à faire des ponts avec des voitures, des chariots attachés avec des gros arbres, qui étaient sur le bord de la rivière; on a mis des planches sur ces constructions et le matin, à la pointe du jour, nous avons passé au milieu de leurs retranchements, qui étaient remplis de cuisses, bras et corps entiers qu'ils avaient laissés sans les enterrer. Plusieurs pauvres blessés criaient miséricorde; on les a portés de suite à l'ambulance avec les nôtres.
Notre colonne de droite avait passé la rivière avant nous. Nous avons été plusieurs jours pour arriver au Rhin, mais aucun Autrichien ne s'est trouvé devant nous. Le soir du passage de la rivière, le général de brigade Richard nous a annoncé la prise de Juliers avec vingt-quatre pièces de 27 en bronze. Depuis cette époque, nous n'avons plus vu d'Autrichiens que sur l'autre rive du Rhin, près de Düsseldorf [22]. Notre dernier camp a été dans la plaine près de la ville de Neus. Voilà la manière dont nous avons fait la conduite à l'armée autrichienne avec les honneurs de la guerre, à grands coups de canon.
Notre voyage ne nous a pas été bien favorable: une pluie continuelle et froide, un vent qui nous glaçait les sens, et point d'autre couverture que le ciel.
Notre ennemi est de l'autre côté du Rhin, tranquille, et nous, mous allons retourner sur nos pas pour aller faire le siège de Maëstricht [23].
Arrivés devant cette ville, on s'est tout de suite occupé à faire les travaux; on a fait des redoutes pour soutenir et répondre aux sorties qu'ils pourraient faire pendant qu'on ouvrirait les boyaux: on travaillait à ces ouvrages nuit et jour.
Malgré leur mitraille, nous avons ouvert les boyaux à une portée de pistolet de leur bastion. Nous y avons été, pour notre tour, cinq fois pour les ouvrir. On n'a pas perdu tant de monde que l'on croyait pour faire le siège d'une ville si forte. Notre commandant de bataillon a été blessé d'un éclat de grenade, et plusieurs officiers et soldats.
Tous les jours, les ouvrages se multipliaient, et nous rendions par ce moyen l'asile des assiégés plus étroit. Les jardiniers de la ville avaient planté beaucoup de légumes d'hiver dans leurs jardins; mais c'est nous qui en avons fait la récolte. Tous les matins, ils se trouvaient enfermés plus étroitement; s'il n'y avait pas eu des fossés, nous aurions été les prendre dans leurs palissades.