9 messidor.--Tous les cantonnements qui étaient pour garder le Rhin depuis Huningue jusqu'aux lignes de Guermersheim, ont reçu l'ordre de prendre les armes à dix heures du soir. C'est la nuit du 5 au 6 messidor qu'on avait choisie pour se faire un passage sur le Rhin. Voilà la ruse que l'on a employée pour ce fait: Vers minuit, il y a eu plusieurs compagnies de grenadiers en des barques, qui ont traversé le Rhin, où ils ont égorgé plusieurs postes ennemis. L'attaque a été générale dans toute l'étendue de la ligne du Rhin, car la canonnade s'est fait entendre, de même que la fusillade, depuis les deux heures du matin jusqu'à quatre heures. On criait: En avant telle et telle colonne! allons! embarquons-nous! Le passage est à nous! On faisait reconnaître différents régiments de cavalerie et d'artillerie pour faire voir que nous étions bien du monde.
L'endroit destiné pour le passage était au fort de Kehl, près de Strasbourg, où cette attaque n'avait pas lieu, et l'ennemi ne savait pas où nous avions l'intention de passer [45]. Ce n'était pas là où l'on faisait le plus de bruit qu'on voulait passer.
Le passage s'est effectué sans avoir essuyé la moindre perte; on les a si bien surpris et trompés par nos manoeuvres, que l'on a pris le commandant du fort de Kehl avec sa garnison prisonniers de guerre.
17 messidor--Sortis de Ottmarsheim, à quatre heures du matin, pour nous rendre à Balgau, village à deux lieues de Brisach, à droite. La nuit du 18 au 19, tous les cantonnements ont pris les armes pour faire la même attaque que celle du 5 au 6.
19.--Sortis de Balgau, à huit heures du matin, pour nous rendre à Neuf-Brisach, ville forte où il y a une belle place entourée de quatre entrées, fermées chacune de quatre ponts levis; les barrières, les maisons et les casernes ne dépassent pas le premier rempart. Il y a une belle place entourée de quatre rangs de peupliers qui sont coupés de manière à ce qu'ils ne fassent point découvrir la place en dehors; à chaque coin de cette place, il y a un puits, et tout au milieu de la place, on voit les quatre portes; les rues sont bien alignées ainsi que les maisons. Sous tous les remparts sont des casemates, et sur ces casemates est une belle promenade qui fait le tour de la ville. Ces remparts sont garnis de forts canons; l'eau vient dans les fossés par un canal qui vient de la rivière.
21.--Sortis de Brisach pour aller à Marckolsheim, bourg à quatre lieues de là, sur la même route.
25.--Partis de Marckolsheim à dix heures du matin pour nous rendre dans les environs de Neuf-Brisach pour y faire une fausse attaque. C'était la nuit du 25 au 26, à côté du Vieux-Brisach, dans une île du Rhin; une centaine d'hommes se sont embarqués pour passer le Rhin, ils ont fait fuir plusieurs postes ennemis; ils en ont surpris un près d'une batterie, ils l'ont égorgé. En un autre, ils ont pris un canonnier, deux charretiers et trois chevaux. Sur la pointe du jour, le canon s'est fait entendre de droite et de gauche sur la rive du Rhin. Vers les quatre heures du matin, l'ennemi nous a riposté plusieurs coups de canon. Vers les sept heures du matin, les hommes embarqués sont rentrés et nous avons cessé l'attaque: elle était faite pour établir un pont à Rhinau.--Nous sommes retournés dans nos cantonnements qui étaient depuis Brisach jusqu'à Rhinau, où deux de nos bataillons ont passé le Rhin.
28.--Nous avons quitté ces cantonnements à dix heures du soir pour nous rendre à Brisach, où nous sommes arrivés à dix heures du matin. Nous nous sommes transportés vis-à-vis le Vieux-Brisach pour y passer le Rhin; nous l'avons passé sur un pont volant vers les trois heures de l'après-midi du 29 messidor. Nous avons logé dans de grosses baraques que les Autrichiens avaient fait construire du temps que les Français assiégeaient la ville du Vieux-Brisach.
Ces logements étaient couverts en terre et derrière le Vieux-Brisach, hors de portée du canon.
30.--Nous avons repassé le Rhin à dix heures du matin pour aller le passer à Huningue; nous avons logé en y allant à Ottmarsheim.