19.--Sortis du camp à huit heures du matin pour appuyer à gauche de Munich, nous avons campé à trois lieues. C'est pendant que nous étions dans ce camp, que les émigrés ont passé l'Isar et sont venus prendre un parc de munitions qui était derrière Dachau. Nous y avions une ambulance où étaient nos blessés; ils en ont pris une partie, nos chirurgiens, nos bouchers et une compagnie de notre demi-brigade qui était pour garder le parc. Ceux qui ne voulaient pas se rendre, ils les hachaient; après qu'ils ont eu fait cette capture, ils sont retournés dans leurs positions qui étaient sur le Ridau, en avant de Munich, le long de l'Isar [48].

21.--Sortis de ce camp à onze heures du matin pour nous rendre sous les murs de Munich, là où notre avant-garde s'était battue la nuit sur l'Isar. Alors, les émigrés voulaient passer devant Munich; mais ils n'ont rien gagné. Ce même jour, nous avons campé près le faubourg de cette ville. Les faubourgs y sont grands et il y a de belles maisons; les rues larges. La ville de Munich n'est pas extrêmement étendue, mais bien peuplée, les maisons fort hautes, les rues larges et bien éclairées; dans le milieu de la place, il y a un beau jet d'eau. Elle est fermée par des bastions environnés de fossés, mais elle n'est point dans le cas de soutenir un siège; c'est la capitale de la Bavière.

Dans la bataille de la nuit du 20 au 21 que nos troupes ont eue avec les émigrés, on a brûlé des tanneries, qui étaient sur le bord de la rivière, et plusieurs gros magasins de bois. Lorsque les émigrés ont vu que ça ne pouvait servir à rien, ils ont cessé le feu. Je dirai qu'ils avaient une maison sur la route du pont, qui a été aussi brûlée.

Le duc de Bavière avait dans la ville, pour garnison, dans ce temps, douze mille hommes, tant cavalerie qu'infanterie.

Les soldats français pouvaient entrer dans la ville avec une permission par écrit du colonel. La rivière qui passe près de la ville de Munich porte le nom de l'Isar.

La gauche de notre division avait déjà passé l'Isar à cinq ou six lieues de Munich, sur la droite; lorsqu'on apprit la retraite du général Jourdan qui commandait l'armée de Sambre-et-Meuse. Nos troupes ont été obligées de repasser la rivière et de se disposer à la retraite.

26 fructidor.--À une heure du matin, nous avons commencé notre retraite, sans cependant y être forcés par l'ennemi de notre côté. Nous avons pris la route de Munich à Dachau, bourg situé à six lieues; nous sommes restés environ quatre heures sous ses murs pour nous reposer et attendre la gauche de notre division qui est arrivée une heure après. Je dirai que notre retraite a commencé par un temps de pluie. Nous nous sommes donc mis en marche, toute la division, et nous sommes venus camper à neuf lieues de Munich, dans la position du 7 fructidor.

28.--Sortis de cette position à sept heures du matin pour exécuter plusieurs mouvements, sur la droite d'Augsbourg et de la rivière. À huit heures du soir du même jour, nous sommes revenus prendre une position à une lieue de Fridberg, en avant. Nous étions en ce moment d'arrière-garde, et même nous nous sommes vus bloqués de toute part; il fallait nous battre de tous les côtés et plus particulièrement derrière nous qu'en avant; nous aurions eu plus de facilité de retourner à Munich que du côté de la France. Et quels étaient ceux qui nous bloquaient? C'était une partie des paysans qui servaient à prendre nos parcs, les convois de malades et de pauvres blessés; ils prenaient ce qu'ils pouvaient avoir et de suite les mettaient à mort. Ils nous coupaient les routes dans lesquelles nous devions passer, par de grands fossés et des abattis d'arbres qu'ils croisaient dans la route, pendant que les Autrichiens et la légion de Condé nous faisaient user le reste de nos munitions afin d'avoir plus de facilité de nous prendre. Ils se croyaient les plus forts, mais ils s'étaient bien trompés, car si ce n'est qu'on a voulu en sortir avec tous les vivres et convois, composés de quantité de voitures chargées de toutes sortes, l'armée impériale ne nous aurait pas arrêtés un seul jour. Ils avaient de même envoyé des proclamations dans tous les pays que nous avions conquis, où ils disaient aux paysans que l'armée française était presque toute en leur pouvoir; qu'ils en avaient pris une grande partie entre Augsbourg et Munich; qu'il n'y avait plus que trois mille hommes qui s'étaient échappés, et qu'ils ne savaient pas où battre en retraite; voilà pourquoi les paysans s'étaient empressés de s'armer contre nous.

Étant dans cette position, nous avons fait encore plusieurs mouvements, allant du côté de Munich, mais nous n'avons rencontré aucune troupe.

2 complémentaire [49]. Nous avons été à quatre lieues, suivant la route de Munich, et nous avons campé près du village d'Andelheim.