Partis le 5, à deux heures de l'après midi pour nous rendre au camp à trois lieues de la ville d'Augsbourg, ville capitale des cercles de Souabe. Nous ne suivions pas de route directe, c'était en partie tous chemins de traverse; il y a un peu de temps que nous n'avons vu notre ennemi. Nous sommes obligés de marcher à grandes journées, encore ne peut-on pas le rattraper. Nous sommes campés sur le bord d'une rivière et dans un bois dont je ne connais pas les noms, mais je mettrai un nom à ce camp, et la troupe qui a campé dans ce camp ne pourra pas me démentir; je le nomme le camp de la fourmilière, car vraiment il n'y avait pas une place où la terre n'en soit couverte, et tous les arbres en étaient garnis; on pourrait encore l'appeler le camp de la pénitence.

7.--Sortis de ce camp à six heures du matin, sans regret, pour aller passer la rivière où nous avons trouvé l'armée autrichienne; sur l'autre rive, ils avaient coupé tous les ponts et nous attendaient sur la hauteur. Quoique les ponts fussent coupés, cela n'a point arrêté notre marche; nous l'avons franchie avec tout le courage possible. Comme elle était rapide et que quelques républicains ont voulu la traverser, il y en eut quelques-uns de noyés. La profondeur à l'endroit où nous passions était de trois pieds quelques pouces; nous avons mis un quart d'heure pour passer ces obstacles. C'était sur la droite d'Augsbourg, entre dix et onze heures du matin.

Après ce défilé, et étant de l'autre côté, on s'est formé en colonne et on a marché sur l'ennemi qui s'est vu forcé d'abandonner ses fortes positions.

Notre division a fait ce jour-là huit cents prisonniers et pris seize pièces de canon. Au moment où ils ont pris la fuite, on les a poursuivis à quatre lieues de la ville d'Augsbourg. Notre avant-garde a gardé sa position, et l'armée est revenue camper à deux lieues en avant d'Augsbourg, et à une lieue de Fridberg.

Partis de ce camp à neuf heures du matin pour appuyer à droite et suivre la marche de l'ennemi, ce jour-là nous avons campé près d'un village, dans les environs d'un superbe château appartenant à un colonel de cavalerie autrichienne. Ce château est remarquable pour la troupe qui était campée dans les environs; on y a trouvé quantité de bière, d'eau-de-vie et toutes sortes d'effets; toute la maison était partie à l'approche de l'armée française, et on s'est emparé de tout ce qu'il y avait dans la dite maison.

10.--Partis de ce camp à dix heures du matin pour aller camper à une demi-lieue. C'est dans ce camp qu'on nous a annoncé la trêve avec le duc de Bavière.

13.--Partis à cinq heures du matin pour nous rendre au camp, près de Dachau.

17.--Partis à six heures du matin pour aller camper dans la plaine de Munich. Je dirai qu'on avait laissé une certaine quantité de soldats avec un officier dans notre camp de Dachau, pour allumer des feux comme s'il y avait eu de la troupe. Ce camp était aperçu depuis les hauteurs en avant de Munich, c'était pour faire voir à l'ennemi que nous étions en forces.

Nous étions campés dans la plaine de Munich près les parcs du duc de Bavière. Je peux dire que ces parcs étaient superbes et grands, entourés de planches très hautes et renfermant toutes sortes de bêtes sauvages et d'oiseaux. C'était si bien construit que c'était vraiment amusant; mais la guerre détruit tout; on a enlevé les planches pour se construire des abris dans le camp: de suite on s'est mis à donner la chasse aux bêtes, comme lapins, lièvres, chevreuils, biches, cerfs; les oiseaux ne s'en sont pas échappés; tout cela se prenait à la main, avec des bâtons.

Je dirai que dans les environs, à droite et à gauche de la ville de Munich, le duc de Bavière a de superbes châteaux très vastes et bien construits; il a aussi de superbes parcs fermés de murs, où il a toutes sortes d'animaux que l'on puisse imaginer; il y a aussi de beaux jets d'eau et de superbes avenues, promenades, etc. Plusieurs qui les ont vus comme moi ont dit qu'il n'y avait que le château de Versailles qui pouvait le surpasser; tout cela était fait pour enchanter.