Dans le Brisgau, le peuple n'est pas si grossier, ni le costume non plus; la terre y est plus fertile et il y a encore du beau seigle, mais la mode du costume n'est guère différente.

6 brumaire.--Sortis du Village-Neuf, à midi, pour venir cantonner au Grand-Kembs, village situé à une demi-portée de fusil du Rhin, à trois lieues à gauche d'Huningue, sur la route. Pendant notre retraite, nous avons eu vingt jours de pluie continuelle.

14.--Sortis du Grand-Kembs pour appuyer à gauche à huit heures du matin, nous avons logé à Sausheim, le 15, à Blodelsheim; le 21, avec quatre compagnies, cantonné à Fessenheim. Ces villages sont entre Huningue et Brisach, sur la route suivant le Rhin.

25.--Partis de Fessenheim pour venir cantonner à Biesheim, tout le bataillon. Ce village est à une demi-lieue de Brisach, à gauche.

7 frimaire.--Partis de Biesheim, à onze heures du matin, pour Witternheim, à sept lieues de Strasbourg et à deux lieues du Rhin.

11.--Sortis de Witternheim, nous sommes venus loger à Nordhausen, à quatre lieues de Strasbourg.

12.--Sortis à deux heures du soir pour nous rendre au fort de Kehl. Là, nous avons relevé la 31e demi-brigade qui était campée à gauche du fort, dans une île du Rhin. La 31e nous a relevés au bout de trois jours: de sorte que tous les trois jours, nous nous relevions, jusqu'à l'époque du 30 frimaire, où nous avons commencé à nous relever tous les quatre jours parce que le froid n'était plus si dur. Mais aussi, plus on se relevait souvent, plus on perdait de monde, car l'ennemi tirait sans cesse, nuit et jour; cela semblait un orage.

Lorsqu'on était relevé, on allait passer autant de jours dans le village de Bischheim; il y avait deux lieues de chemin pour passer sur le pont et gagner notre camp qui était à deux lieues de Strasbourg, à gauche.

9 nivôse.--Le général a fait assembler les officiers de notre bataillon qui était le premier, et les a conduits sur la droite de Kehl pour leur faire voir le retranchement de l'ennemi que nous devions enlever pendant la nuit. Les dits officiers ont pris les mesures nécessaires pour conduire leurs compagnies sur le terrain, et s'acquitter de cette besogne. Tous les obstacles étaient prévus; ils ont prévenu leurs compagnies de ce qu'elles avaient à faire pendant la nuit. On a fait la distribution de nouvelles cartouches et pierres à feu; et de suite une ration d'eau-de-vie par chaque homme, à minuit. Dans ce moment, on a assemblé les compagnies dans le plus grand silence, et le bataillon s'est mis en route sur-le-champ pour aller sur le terrain qui était à une demi-lieue de notre camp, à la droite du fort, où nous sommes arrivés à deux heures du matin. Étant vis-à-vis le retranchement que nous devions prendre, on nous a formés en bataille à une portée de pistolet, on nous a fait porter à droite et, dans le même moment, on a fait front et on s'est porté sur le retranchement de l'ennemi en exécutant un feu de peloton; on le leur a pris sans beaucoup de résistance de leur part, et on leur a fait quelques prisonniers. Pour le nombre des blessés et des morts, on ne l'a su que par des déserteurs qui ont rapporté qu'ils avaient eu dans cette affaire environ 400 hommes hors de combat.

Nous nous sommes retirés sans y être forcés; nous sommes venus derrière nos retranchements: nous avons laissé les lieux tels que nous les avions trouvés. Notre bataillon a perdu dans cette affaire quarante-huit hommes tant tués que blessés. Ceci a eu lieu le 10, à trois heures du matin et nous sommes rentrés dans notre camp à six heures et demie du matin. Nos deux autres bataillons ont fait la même chose les jours suivants, mais avec moins de pertes.