«Une nation levée ainsi n'a pas, il est vrai, ce coup d'oeil flatteur qu'offre un ancien régiment lorsqu'il est rangé en parade, où tous les soldats semblent coulés dans le même moule. Cette rigoureuse uniformité en impose, mais elle n'est pas, comme on le voit à présent, indispensablement nécessaire à la victoire. La garde nationale n'est pas une troupe moins courageuse, bien qu'irrégulièrement vêtue, que celles de cette ligne, où cette régularité s'observe plus exactement.
«Animés du même esprit, ces diverses troupes combattent avec la même bravoure, bravent la mort avec le même courage, supportent en commun travaux et fatigues.
«L'on ose donc croire que le public ne verra pas avec indifférence l'image de quelques-uns des corps dont les armées républicaines sont composées. Les figures enluminées sont représentées au naturel, telles que les a vues un témoin oculaire. Nous nous sommes contenté d'en multiplier les copies sans y rien changer.
«Les dragons font en France un service tout autre que dans les armées des autres souverains. On les place sur les ailes, dans des postes avancés, au passage des rivières, aux défilés ou aux têtes de pont. Mais leur véritable place, un jour de bataille, est au corps de réserve, à cause de la vitesse avec laquelle on peut les faire mouvoir et de la vivacité avec laquelle ils chargent l'ennemi. On les emploie encore diversement dans les sièges et dans une infinité de cas où on les fait suppléer à l'infanterie aussi bien qu'à la cavalerie. Aussi leur fait-on également bien apprendre les exercices de ces deux armes. Jusqu'à la fin de la guerre de Sept ans, ils furent habillés de rouge; mais depuis on les a habillés de vert. Leur uniforme est: habit vert, parements, revers, collet et doublure rouges, veste et culotte blanches ou ventre de biche, casque de laiton poli surmonté d'une touffe de crins noirs pendant sur l'arrière de la tête, bottes molles et sabres recourbés à la housarde. Leurs chevaux sont ordinairement de quatre pieds à quatre pieds deux pouces. À cheval, leurs armes sont un fusil, deux pistolets et le sabre; à pied, ils n'ont que le fusil et le sabre. On n'y admet que des jeunes gens vigoureux, lestes, bien faits et qui montrent beaucoup d'adresse.
«Les grenadiers à cheval durent leur première création à Louis XIV. Pour mettre le lecteur à même de juger de quels hommes cette troupe a toujours été composée, c'est que, pour la former chaque capitaine de grenadiers fut tenu de fournir un homme de la taille requise, généralement reconnu pour fort et brave et portant moustache. Cet esprit de corps, ce courage à toute épreuve ne se sont jamais démentis. Leur uniforme est bleu foncé, parements, revers et collet écarlates, boutons blancs sur lesquels est imprimé l'arbre de la liberté avec le bonnet et autour l'inscription: République française; veste et culottes blanches blanc d'argent et aussi des culottes de peau. Bonnet de poil à fond rouge, cordons et crépines tressés des couleurs nationales. Au milieu du front, une plaque sur laquelle est imprimé en relief le sceau constitutionnel avec des trophées et à chaque côté de la plaque une grenade enflammée. Le poil de ces bonnets est renversé de haut en bas, afin que l'eau de la pluie s'y arrête moins. La doublure de l'habit est de serge blanche. Au bas des pans où sont les crochets pour les retrousser, il y a une grenade de drap rouge, et, au lieu de flamme, il y a de petits glands qui en descendent pendus à des cordons de la même couleur. Ils ont des aiguillettes tressées de rouge et de blanc, des cols noirs, des bottes molles, mais des genouillères fortes. Leurs armes sont la carabine, deux pistolets, et un sabre dont la lame droite a près de deux pouces de large et se termine en pointe très aiguë, dont le double tranchant a environ huit pouces de long, et tout le sabre entre quarante et quarante-cinq. Ils le portent en bandoulière. Ils ont un porte-cartouches de cuir brun avec une plaque blanche sur laquelle est imprimé en relief l'arbre de la liberté avec le bonnet, mais sans inscription. Enfin, ils ont un grand manteau bleu bordé d'un cordonnet rouge, muni d'un ample rabat qui leur sert de capuchon. Dans l'action, principalement quand ils sont attaqués, ils s'abaissent fort avant sur leurs chevaux et savent adroitement se servir de la pointe de leur sabre, au maniement duquel ils s'appliquent singulièrement dans leurs moments de loisir, ce qui leur procure un avantage décisif sur leurs ennemis, qui n'ont ni la même dextérité ni la même vitesse quand même ils auraient la même bravoure.
«Les chasseurs à cheval sont de création moderne et forment dans les armées françaises une très nombreuse cavalerie. Leur service approche assez de celui des dragons, excepté qu'on les employe plus communément à la découverte; à battre les bois toujours en avant de l'armée. Leur uniforme est un habit vert foncé à collet droit, parements, revers et boutons blancs comme ceux des grenadiers à cheval, culotte de peau et veste blanche. Leur habit un peu court a la doublure blanche, les poches en long avec trois boutons sur les pattes. Ils portent des bottes molles, genouillères de même. Il n'est pas possible de donner une description exacte de leur bonnet ou casque. Il a la forme du bonnet de liberté, il est de cuir fortement battu et surmonté d'une touffe de crins de cheval ou de peau d'ours de la largeur de la main. Cette coiffure est entourée d'une bande de toile cirée jaune et tigrée. De chaque côté, une chaîne de laiton qui, en remontant, forme un angle aigu. Autour du cou, ils ont des cols ou des cravates noires. Les bas officiers se distinguent dans ce corps comme dans celui des grenadiers à cheval par quelques ganses sur les manches, mais qui dans ce corps-ci sont tressées des couleurs nationales. Leurs armes sont le mousqueton carabine, deux pistolets, un long sabre à monture de laiton dont la pointe a huit pouces de double tranchant. Ils le portent en bandoulière à un ceinturon de cuir. Le porte-cartouches est de cuir noir avec une plaque jaune et le sceau constitutionnel en relief. Ils ont des manteaux de la couleur de l'habit: l'un et l'autre sont bordés d'un cordonnet rouge. Ils ont des chevaux de douze à treize paumes. C'est la partie la plus nombreuse de la cavalerie.
«L'on n'a rien changé au reste de la cavalerie, l'ajustement et les armes sont les mêmes, aux boutons près qui sont comme ceux des grenadiers et des chasseurs; les cavaliers ont une cocarde avec une aigrette tricolore à leur chapeau.
«L'habillement des chasseurs à pied est peu différent de celui des chasseurs à cheval, si ce n'est que l'habit est plus long et va jusqu'aux genoux. Ils ont les mêmes casques, ainsi que vestes et culottes; et des bottines très légères de cuir de boeuf. Les bas officiers ont deux épaulettes pour les distinguer des simples chasseurs. Ils ont pour armes un fusil avec une baïonnette et un sabre comme celui des grenadiers qu'ils portent en bandoulière. Le porte-cartouches est de cuir noir avec une plaque jaune aux armes de la patrie. Les chasseurs et les troupes de ligne forment l'élite de l'infanterie. Il y a par bataillon ou par compagnie un certain nombre de chasseurs de profession, armés de carabines et de poignards; au lieu de giberne, ils ont une flasque (poire à poudre). Ils sont distingués des autres par un collet rouge sur l'habit et une épaulette tricolore sur l'épaule droite. Cette troupe rend de très grands services en ce qu'elle est également propre au service des troupes de ligne et des troupes légères.
«Il n'est pas aisé de donner une description exacte des gardes nationales ni de les ranger dans une classe quelconque. Mais l'on doit être convaincu qu'elles se battent bien, quoiqu'il s'en trouve parmi qui ne sont vêtus que de jaquettes et chemisolles, de sareaux de toile ou d'habits de toute couleur, des vestes de piqué ou d'indienne, et des culottes de toute façon. La plupart cependant ont des habits d'un bleu foncé avec collets rouges ou blancs, boutons jaunes ou blancs, où le bonnet ou l'arbre de la liberté est empreint. En partie, ils portent des gamaches ou guêtres; beaucoup vont en souliers et en bas de soye; mais tous généralement portent à leur chapeau de petits objets qui font allusion à la Liberté et à l'Égalité. Ils ont tous un fusil et une baïonnette; quelques uns ont des porte-cartouches, d'autres n'en ont point, il en est de même de l'épée. Au lieu de havre-sac, ils ont un sac de poche dans quoi ils portent leurs hardes.
«L'on appelle à présent légion des troupes de cultivateurs français, partie mis en réquisition et partie gens de bonne volonté. Leur habillement n'est autre que le vêtement ordinaire aux gens de la campagne. Ils sont coiffés de bonnets, de chapeaux de différentes formes, mais toujours avec la cocarde nationale. Tous ont des bas bleus avec une jarretière bouclée de façon que le bas fait auprès du genou une espèce de petit bourrelet. Leurs culottes sont toutes différentes les unes des autres: de drap, de toile de toute sorte de couleur jusqu'à de peau noire. Leurs souliers sont fermés avec des attaches bleues ou noires. Leurs armes sont la lance ou la pique dont le manche a à peu près six pieds et est peint des couleurs nationales. Quelques-uns ont un fusil avec la baïonnette. D'autres ont autour du corps une ceinture, à la gauche de laquelle est attaché un pistolet. Ce sont pour la plupart ceux qui portent des piques. Plusieurs ont, outre cela, des épées de parade, des poignards ou autres armes blanches pendues au côté. Il y a auprès de chaque armée une ou deux légions, selon que l'armée est nombreuse. Chaque légion est forte d'environ sept mille hommes. Ce sont des officiers et des bas officiers tirés des invalides qui les commandent, avec quelques autres qu'ils ont élus eux-mêmes parmi eux. À chaque légion se trouve un général de brigade ou un brigadier.