[Note 30: ] [(retour) ] Dans ses Mémoires (tome I, page 287), le maréchal Soult accuse Pichegru «d'avoir laissé ses troupes à l'abandon, négligées et en proie à toutes sortes de privations pour mieux favoriser l'exécution du plan de trahison le plus odieux.» Il espérait ainsi désorganiser l'armée. En une autre occasion, Soult parle aussi des pommes de terre et en des termes fort curieux:

«L'armée n'avait d'autre ressource pour vivre, que les pommes de terre que l'on trouvait dans les champs. À chaque halte, à peine les faisceaux étaient-ils formés, que les soldats se dispersaient dans les environs pour aller déterrer les pommes de terre. Un champ était bientôt récolté, et le repas était bientôt préparé au feu du bivouac. Le silence durait tant que durait cette importante occupation: mais elle ne durait pas longtemps et les provisions étaient épuisées avant que la faim fût apaisée. L'inépuisable gaieté du soldat français revenait alors. Ne doutant de rien, parlant de tout, lançant des saillies originales et souvent même instructives, tel est le soldat français. Un soir, en parlant politique et des nouvelles de Paris, le propos était tombé sur les grands hommes qu'on avait fait entrer au Panthéon ou qu'on en avait successivement fait sortir, suivant l'esprit du jour et l'influence du parti régnant. «Qui va-t-on y mettre aujourd'hui? demanda quelqu'un. Parbleu, répondit son voisin, une pomme de terre.» Et tout le monde d'applaudir à cette saillie, qui avait plus de portée que l'intention de son auteur n'avait probablement voulu lui donner.» (SOULT.)

[Note 31: ] [(retour) ] Le tambour battait comme d'habitude la distribution à l'heure dite, mais cette distribution se réduisait souvent à rien ou à peu de chose.

[Note 32: ] [(retour) ] Cette adresse vigoureuse sous sa forme ampoulée, faisait allusion à la journée du 1er prairial (20 mai 1795) qui avait vu la populace des faubourgs de Paris envahir la Convention nationale en tuant le député Feraud, aux cris de du pain! la liberté des patriotes! la Constitution de 1793! Quatorze députés Jacobins payèrent de leurs têtes cette insurrection, et, trois mois après, les clubs et sociétés populaires étaient dissous. Chaque insurrection parisienne plaçait nos généraux dans une situation difficile, comme le montre cette lettre du chef qui commandait alors l'armée de Rhin et Moselle; elle est conçue en termes vraiment patriotiques:

«Le général en chef Jourdan au général de division Hatry.

«Andernach, le 7 prairial an III.

«Je suis instruit, mon camarade, qu'il y a eu, le premier de ce mois, une insurrection à Paris, et que le peuple a occupé la salle de la Convention presqu'à onze heures du soir. Il paraît cependant qu'à cette heure la Convention a repris le cours de ses séances. Il faut que l'armée agisse dans cette circonstance comme elle a agi toutes les fois que de pareils événements ont eu lieu. C'est-à-dire, qu'étant placée sur la frontière pour combattre les ennemis du dehors, elle ne s'occupe point de ce qui se passe dans l'intérieur et qu'elle ait toujours la confiance de croire que les bons citoyens qui y sont, parviendront à faire taire les royalistes et les anarchistes.

«Nous avons juré de vivre libres et républicains, et nous maintiendrons notre serment, ou nous mourrons les armes à la main. Nous avons juré de combattre les ennemis du dehors, tant que la paix ne sera pas faite. Nous tiendrons pareillement notre serment, nous resterons à notre poste, et nous combattrons avec autant de valeur que la campagne dernière. Je suis persuadé que tels sont vos sentiments et ceux des troupes que vous commandez. Mais comme il est essentiel d'empêcher que des malintentionnés viennent répandre de fâcheuses nouvelles dans l'armée, comme il est essentiel de redoubler de surveillance, afin que l'ennemi ne puisse pas profiter du malheur de nos querelles intestines, il faut redoubler de zèle et d'activité, il faut que les militaires de tout grade soient toujours à leur poste, que le service des avant postes se fasse avec plus de surveillance que jamais, et que vous veillez à ce que les convois qui passeront dans l'arrondissement que vous commandez, soient bien escortés. J'espère que l'attitude de l'armée en imposera à tous les ennemis de la République.

«Je vous communiquerai journellement les suites des événements, et vous aurez à me faire part exactement des observations que vous ferez sur ce qui se passera dans les troupes que vous commandez.--Salut et fraternité.

«JOURDAN.»

[Note 33: ] [(retour) ] C'est-à-dire du Palatinat.

[Note 34: ] [(retour) ] La division Poncet, dont notre sergent faisait partie, devait avec la division Marceau, rester en observation sur la rive gauche du Rhin.

[Note 35: ] [(retour) ] Le 19 janvier 1793, les Autrichiens et non les Prussiens avaient en effet évacué le fort en faisant sauter les fortifications. C'est après la levée du blocus que le duc de Brunswick écrivit au roi de Prusse cette lettre fameuse par laquelle il demandait son rappel en disant: «Lorsqu'une grande nation, telle que la nation française, est conduite aux grandes actions par la terreur des supplices et par l'enthousiasme, une même volonté devrait présider à la démarche des puissances coalisées.»

[Note 36: ] [(retour) ] Le 23 thermidor de l'an IV doit concorder avec le 9 août 1795, et la fête de la Fédération était célébrée le 14 juillet. Il paraît y avoir une erreur de date.

[Note 37: ] [(retour) ] Rien de plus capricieux que l'uniforme des armées de la République réduites à tout improviser avec les seules ressources des pays qu'elles traversaient. À une époque bien rapprochée, du reste, au siège de Paris en 1870, nous avons revu un bataillon mobilisé vêtu de capotes marron.

[Note 38: ] [(retour) ] On sait que l'année républicaine, composée de douze mois égaux de trente jours, avait cinq jours dits complémentaires pour les années ordinaires et six pour les années bissextiles.

[Note 39: ] [(retour) ] 23 septembre 1796.