[Note 60: ] [(retour) ] Une entrée des troupes françaises à Zurich avait été précédée d'une proclamation qui promettait que rien ne serait demandé pour l'entretien des troupes, dont la solde et les subsides étaient, disait-elle, assurés par les convois de France. Une fois en ville, il fallut cependant faire des demandes de vivres; elles furent justifiées par l'excuse que les convois étaient malheureusement en retard; on fit la promesse de les rendre en nature, à l'arrivée des convois, ou de les rembourser avec les premiers fonds que le Directoire enverrait. L'agent du Directoire sanctionnait par sa présence cet engagement. Quelques jours après, un arrêté impose à la ville de Zurich une contribution extraordinaire de guerre payable dans un très court délai: l'abus de la force était la seule raison à donner d'un pareil manque de foi. Une députation de notables se rend auprès du général commandant, pour lui faire des représentations. Le général était d'autant plus embarrassé de répondre qu'il n'était lui-même pas coupable; il n'avait agi que d'après des ordres. Il cherchait comme la première fois, à trouver des excuses dans le retard des convois attendus de France, dans les besoins pressants de l'armée, lorsque l'orateur de la députation le tira d'embarras: «Général, lui dit-il, nous ne sommes pas venus pour vous reprocher d'avoir oublié vos engagements que sans doute on vous a obligé à violer, ni pour nous plaindre que la contribution soit trop forte, mais pour vous dire, au contraire, que nous pouvons payer davantage, et pour vous prier de nous le demander

Puis, lui saisissant vivement la main: «Quand vous nous aurez pris, ajouta-t-il, des richesses qui ont aguerri votre courage et dont nos ancêtres savaient se passer, nous reviendrons dignes d'eux, nous reviendrons Suisses

Nous donnons d'après les Mémoires du maréchal Soult (comme toujours) ce beau trait qui est à méditer en tout temps et en tous pays.

[Note 61: ] [(retour) ] Il a une longueur de 1800 pieds.

[Note 62: ] [(retour) ] À l'armée, la prison est ainsi nommée parce qu'on n'y laisse pas pénétrer le jour.

[Note 63: ] [(retour) ] Le 16 germinal correspond au 5 avril 1799. Le maréchal Soult résume ainsi cette suite de revers due à l'incapacité du général Scherer: «Le général Scherer partait des places de Mantoue et de Peschiara, sur la ligne du Mincio: il commença ses opérations, le 26 mars, pour forcer la ligne de l'Adige. Il opérait aux trois colonnes: celle de gauche, commandée par le général Moreau, avançait. Elle passa l'Adige au-dessus de Vérone, coupant la droite de l'armée autrichienne, et elle était à même de poursuivre ses succès vers Vienne si elle avait été soutenue; mais les autres divisions du centre et de la droite, que le général Scherer commandait en personne, se firent battre par l'ennemi. Cependant, le succès que venait de remporter le général Moreau suffisait pour que le restant de l'armée pût s'appuyer sur lui, le rejoindre, marcher sur Vienne, rejeter les Autrichiens sur la Brenta et les séparer des places de Vérone et de Legnago. Le général Moreau donnait ce conseil au général Scherer; mais, au lieu de le suivre, celui-ci eut la singulière idée de rappeler le général Moreau sur la rive droite de l'Adige, pour recommencer par sa droite la même opération, quatre jours après. Cette fois la leçon fut plus sévère: on y perdit une partie de la division Serurier, qu'une nuit de faux mouvements compromit sur la rive gauche de l'Adige, et qui, entourée par des forces supérieures, finit par être accablée.

«Enfin une troisième tentative, faite le 6 avril, fut encore moins heureuse. Malgré des succès, d'abord remportés au centre par le général Moreau, la droite de l'armée fut tournée, à la fin de la journée, par une manoeuvre habile du général Kray. Il y avait tant d'incohérence dans tous les mouvements, que cet échec ne put être réparé: le désordre vint s'y joindre et l'armée entière précipita sa retraite, non pas seulement derrière le Mincio où le général Scherer aurait pu tenir, à l'appui des places de Peschiera et de Mantoue, mais derrière l'Adda.

«La journée de Magnano décida du sort de l'Italie. Dix jours avaient suffi pour réduire l'armée à moins de trente mille combattants, pendant que d'un autre côté, toutes les troupes éparpillées depuis le Pô jusqu'à Naples, étaient non seulement trop éloignées pour lui amener des renforts en temps utile, mais se trouvaient elles-mêmes de jour en jour plus compromises. En même temps l'armée ennemie avait remplacé toutes ses pertes et elle acquérait une supériorité de plus en plus grande par les renforts qu'elle recevait à tout instant; elle était, en outre, à la veille d'être rejointe par l'armée russe, qui arriva sur l'Adige, le 15 avril.

«L'exaspération de l'armée dont le courage avait été si mal employé était au comble, et elle eût produit des actes d'indiscipline et de désobéissance, si le général Scherer fût resté. Il le comprit, il partit pour Milan sous prétexte de diriger les levées extraordinaires qu'on y faisait, et ne revint plus. Il avait remis, avant son départ, le commandement au général Moreau.»

[Note 64: ] [(retour) ] L'armée russe avait fait sa jonction.

[Note 65: ] [(retour) ] Il s'agit ici du passage de l'Adda sur la droite de l'armée de Berthier qui s'était portée vers le point oriental du lac de Côme, et qui isola la division Serrurier du restant de l'armée. L'attaque générale de l'ennemi triompha sur les autres points, et l'armée française se vit réduite à la retraite après avoir perdu le tiers de son effectif et une centaine de canons.

[Note 66: ] [(retour) ] Comme complément de cette invocation, voir la prière à la fin du journal.

[Note 67: ] [(retour) ] «Le tableau de la situation de Gênes dans les derniers jours du siège a déjà été tracé tant de fois et est devenu si célèbre, dit le maréchal Soult, que je puis me borner ici à le rappeler. Les horreurs de la faim, dans une ville de cent soixante mille âmes, dépassent tout ce que l'imagination peut se représenter de plus hideux. On avait dévoré tous les animaux jusqu'aux chiens et aux rats; on fabriquait, sous le nom de pain, une composition d'amandes, de grains de lin, de son et de cacao, qu'on a comparée à de la tourbe imbibée d'huile, et que les chiens mêmes ne pouvaient pas supporter; la ration consistait en deux onces de cet affreux mélange. Enfin, le 15 prairial (le 4 juin), il n'en restait plus une once pour chacun; il ne restait plus quoi que ce fût, qui pût être mangé, pas même la nourriture la plus immonde. Il n'en restait pas plus pour l'armée que pour les habitants qui, tous les jours, mouraient par centaines. L'armée, si on pouvait encore lui donner ce nom, ne comptait pas trois mille hommes en état de tenir un fusil, car leur faire faire le moindre mouvement, était absolument impossible; les sentinelles ne pouvaient faire leur faction qu'assises. Le lendemain, elles n'auraient pas pu le faire, tous soldats et habitants, seraient morts d'inanition.

«Ce fut ce jour-là seulement que le général Masséna consentit à écouter les propositions qui lui étaient faites depuis plusieurs jours par les généraux ennemis, dans les termes les plus honorables. La conférence entre le général Masséna, les généraux autrichiens Ott et Saint-Julien et l'amiral Keith commandant l'escadre anglaise, se tint au milieu du pont de Cornigliano, sur le Bisague, et le général Masséna y apporta toute la fermeté de son caractère. Il commença par ne pas vouloir admettre l'emploi du mot de capitulation, et la seule expression à laquelle il consentit, fut celle de négociation pour l'évacuation de Gênes. L'armée sortit librement de Gênes avec armes et bagages, pour rentrer en France, sans engager sa parole: huit mille hommes prendraient la route de terre; le surplus, ainsi que les hôpitaux, le matériel et tout ce qui appartenait à l'armée, serait transporté par mer à Antibes. Cette clause de la marche, par terre, de huit mille hommes, fut sur le point de faire rompre la négociation. Le général Ott ne voulait pas y consentir, afin de retarder la réunion de cette colonne à l'armée française. Le général Masséna rompit la conférence: «À demain, messieurs,» leur dit-il. Cependant, il savait bien qu'il serait hors d'état d'accomplir sa menace. Cette fermeté réussit, mais le général Masséna était surtout secondé par les ordres pressants que le général Ott venait de recevoir du général Mélas, et qui lui prescrivait de ne pas perdre un instant pour lever le siège et pour conduire son corps d'armée à Alexandrie.»

[Note 68: ] [(retour) ] Bibl. Nat. Estampes OA, 105 O.