Sainte-Beuve, qui n'a pas connu les Souvenirs, a toujours parlé de Meister avec éloges: «Homme aimable, dit-il, écrivain distingué en français, et qui n'avait pris du XVIIIe siècle que ce qu'il avait de fin et d'honnête.»—Et ailleurs: «Un auteur à qui la France doit un souvenir, puisqu'il est du petit nombre des étrangers aimables qui ont le mieux écrit en français[ [31]

Quoique Henri Meister ait publié des vers, des nouvelles, un roman, des dialogues, des Lettres sur l'imagination, et d'autres ouvrages encore, son vrai talent était celui de l'observation: c'était un excellent informateur. Pendant vingt ans, 1773-1792, il a suivi le mouvement de la littérature française avec précision, et l'esprit sans cesse éveillé: le tableau qu'il en a laissé est encore et sera toujours consulté avec fruit.

Mais son chef-d'œuvre est le livre que nous rééditons. A l'une des étapes de la Révolution, il a pu saisir sur le vif un des aspects mouvants de cette ville de Paris où s'était déroulé le grand drame. Pendant que les acteurs n'étaient occupés que de leur rôle et de leurs adversaires, tandis que les spectateurs ne songeaient qu'à deviner quel dénouement allait venir, Meister a appliqué toute son attention à bien voir, à se rendre un compte exact de ce qui se passait sous ses yeux, à prendre un rapide croquis du moment fugitif; il en voulait fixer les traits, pour quelques amateurs étrangers seulement, car il était modeste et n'avait pas en vue la postérité. Celle-ci est venue cependant, et nous croyons qu'elle saura lui rendre justice.

VOYAGE A PARIS
VERS LA FIN DE 1795


a M. F. de R. (Féronce de Rothenkreuz.)

J'ai revu ce Paris, que j'avais tant aimé....

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SOUVENIRS
DE
MON DERNIER VOYAGE
A PARIS