Tandis qu’il parlait, mes yeux, errant à travers le salon, venaient de rencontrer un petit dessin à la sanguine — un profil de femme au nez fin, au menton gras, payé cent sous par Mme Chardin chez un brocanteur naïf. Dans un coin du papier, caché sous d’imperceptibles moisissures, l’encadreur avait découvert le monogramme d’Antoine Watteau… « Quand vous voudrez, Madame, disait-il souvent, nous avons acquéreur à cinq mille francs… » Je songeai : « Deux lettres tracées sur une feuille jaunie… et le nez retroussé, le menton à fossette sont devenus, eux aussi, des « valeurs marchandes »… Faut-il donc toujours en arriver là ? »
Justement, tante Lydie, comme pour répondre à ma pensée, appuyait de commentaires bienveillants les dernières paroles de Philippe et je l’entendais porter aux nues les industriels, les hommes forts et actifs — jusqu’à traiter « d’inutile mandarin » son fils qui ne semblait guère s’en émouvoir. Un peu déçue, un peu troublée, je l’écoutai quelque temps discourir sur ce mode inaccoutumé, puis d’un ton plaintif je m’écriai :
« Tout cela est bel et bon, mais vous ne m’avez toujours pas indiqué ce que je pourrais faire cet hiver… »
François se pencha vers moi.
« Vous êtes prête à tout ? demanda-t-il gaîment.
— A tout.
— Aucun travail ne vous rebutera ?
— Aucun… »
Tante Lydie s’agita dans sa bergère : on eût dit que ce badinage l’impatientait. Mais François poursuivait d’un ton solennel :
« Vous accepterez mes conseils aveuglément ?