— Aveuglément !… » répétai-je. Et je levai vers lui, tout en riant, des yeux où devait se lire une confiance absolue… Deux petits coups secs résonnèrent sur la table : c’était tante Lydie qui fermait brusquement son étui à lunettes.
« Tu es absurde ! dit-elle à son fils. Laisse donc Geneviève choisir elle-même ce qui lui convient… D’ailleurs je ne vois pas pourquoi elle ne finirait pas par s’intéresser aux comptes de son mari… »
François rougit, — fâché sans doute, à trente-six ans, que sa mère le rembarrât comme un gamin. Pourtant il se tut, pendant que Philippe disait bonnement :
« Mais, ma tante, je ne tiens pas du tout à la faire travailler, moi !… Je ne demande qu’une chose, c’est qu’elle s’amuse… que ce soit en jouant du piano, en tricotant des bas ou en traduisant de l’anglais, du russe, du chinois… tout ce qu’elle voudra… »
L’incident fut clos. Nous commencions à connaître ce que Philippe appelait « les lubies de ma tante ». Seulement, dans l’antichambre où François nous reconduisait, je lui dis en confidence :
« Vous penserez à moi, n’est-ce pas ?… »
D’abord il me regarda sans répondre, comme s’il ne comprenait pas bien. Puis il eut un sourire singulier.
« A vous ? Oh ! oui, je vous promets d’y penser… et de vous trouver ce que vous cherchez… »
Le mercredi suivant, il apportait un livre qu’il me tendit triomphalement — un petit livre relié en toile grise, grand comme la main, épais comme le doigt, avec des tranches rouges et un titre anglais.
« Oh ! fis-je, il n’est pas gros… »