— En ce cas, le Renard-Subtil s'en ira, dit le coureur en relevant avec le plus grand sang-froid une petite valise qu'il avait déposée à ses pieds, et les Visages-Pâles ne verront plus d'autres gens que ceux de leur propre couleur.
— S'en ira! Qui? Qui appelez-vous le Renard-Subtil?
— C'est le nom que ses pères canadiens ont donné à Magua, répondit le coureur d'un air qui montrait qu'il était fier d'avoir obtenu la distinction d'un surnom, quoiqu'il ignorât probablement que celui dont on l'avait gratifié n'était pas propre à lui assurer une réputation de droiture. La nuit est la même chose que le jour pour le Renard-Subtil quand Munro l'attend.
— Et quel compte le Renard-Subtil rendra-t-il des deux filles du commandant de William-Henry? osera-t-il dire au bouillant Écossais qu'il les a laissées sans guide, après avoir promis de leur en servir?
— La tête grise a la voix forte et le bras long; mais le Renard entendra-t-il l'une et sentira-t-il l'autre, quand il sera dans les bois?
— Mais que diront les Mohawks? ils lui feront des jupons, et l'obligeront à rester au wigwam[24] avec les femmes, car il ne leur paraîtra plus digne de figurer avec les hommes et parmi les guerriers.
— Le Renard connaît le chemin des grands lacs; et il est en état de retrouver les os de ses pères.
— Allons, Magua, allons; ne sommes-nous pas amis? pourquoi y aurait-il une altercation entre nous? Munro vous a promis une récompense pour vos services, et je vous en promets une autre quand vous aurez achevé de nous les rendre. Reposez vos membres fatigués, ouvrez votre valise, et mangez un morceau. Nous avons peu de temps à perdre; quand ces dames seront un peu reposées, nous nous remettrons en route.
— Les Visages-Pâles sont les chiens de leurs femmes, murmura l'Indien en sa langue naturelle; et quand elles ont envie de manger, il faut que leurs guerriers quittent le tomahawk pour nourrir leur paresse.
— Que dites-vous, le Renard?