— Pourquoi mes frères sont-ils dans la tristesse? dit-il en regardant l'air abattu des guerriers qui l'entouraient; pourquoi mes filles pleurent-elles? Parce qu'un jeune guerrier est allé chasser dans les bois bienheureux! parce qu'un chef a fourni sa carrière avec honneur! Il était bon; il était soumis; il était brave. Le Manitou avait besoin d'un pareil guerrier, et il l'a appelé à lui. Pour moi, je ne suis plus qu'un tronc desséché que les blancs ont dépouillé de ses racines et de ses rameaux. Ma race a disparu des bords du lac salé et du milieu des rochers des Delawares; mais qui peut dire quel serpent de sa tribu a oublié sa sagesse! Je suis seul…
— Non, non, s'écria OEil-de-Faucon qui jusque-là s'était contenu en tenant les yeux fixés sur les traits rigides de son ami, mais dont la philosophie ne put durer plus longtemps; non, Sagamore, vous n'êtes pas seul. Notre couleur peut être différente, mais Dieu nous a placés dans la même route pour que nous fissions ensemble le voyage. Je n'ai pas de parents, et je puis aussi dire, comme vous, pas de peuple. Uncas était votre fils, c'était une Peau-Rouge; le même sang coulait dans vos veines; mais si jamais j'oublie le jeune homme qui a si souvent combattu à mes côtés en temps de guerre, et reposé auprès de moi en temps de paix, puisse celui qui nous a tous créés, quelle que soit notre couleur, m'oublier aussi au dernier jour! L'enfant nous a quittés pour quelque temps; mais, Sagamore, vous n'êtes pas seul!
Chingachgook saisit la main que dans l'excès de son émotion OEil- de-Faucon lui avait tendue au-dessus de la terre fraîchement remuée, et ces deux fiers et intrépides chasseurs inclinèrent en même temps la tête sur la tombe, tandis que de grosses larmes s'échappant de leurs yeux arrosaient la terre où reposaient les restes d'Uncas.
Au milieu du silence imposant qui s'était établi à la vue de cette scène attendrissante, Tamenund éleva la voix pour disperser la multitude:
— C'est assez, dit-il. Allez, enfants des Lenapes; la colère du Manitou n'est pas apaisée. Pourquoi Tamenund attendrait-il encore? Les blancs sont maîtres de la terre, et l'heure des Peaux-Rouges n'est pas encore arrivée. Le jour de ma vie a trop duré. Le matin j'ai vu les fils d'Unamis forts et heureux; et cependant, avant que la nuit soit venue, j'ai vécu pour voir le dernier guerrier de l'antique race des MOHICANS!
[1] Scout. [2] Hunter (Voyez Les Pionniers.) [3] Trapper (Voyez La Prairie.) [4] Bien que cette préface soit supprimée dans la dernière édition, nous avons cru qu'elle valait la peine d'être conservée, comme renfermant des éclaircissements qui ne se rencontrent pas dans l'Introduction nouvelle. [5] Le révérend Heckewelder pourrait être appelé le Las Casas de l'Amérique du Nord. Ses écrits sur les Indiens, auxquels nous emprunterons plus d'une note, ont été consignés dans les Transactions philosophiques américaines, année 1819. [6] Comme chaque tribu indienne a son langage ou son dialecte, elles donnent ordinairement différents noms aux mêmes lieux, quoique presque tous leurs termes soient descriptifs. Ainsi la traduction littérale du nom de cette belle pièce d'eau adopté par la tribu qui habite ces rivages, est « La Queue du Lac ». Le lac Georges, comme on l'appelait vulgairement, et comme il est maintenant légalement appelé, forme une espèce de queue au lac Champlain, lorsqu'on le regarde sur la carte. De là vient le nom. [7] Ce jeune Virginien était Washington lui-même, alors colonel d'un régiment de troupes provinciales ; le général dont il est ici question est le malheureux Braddock, qui fut tué et perdit par sa présomption la moitié de son armée. La réputation militaire de Washington date de cette époque : il conduisit habilement la retraite et sauva le reste des troupes. Cet événement eut lieu en 1755. Washington était né en 1732 ; il n'avait donc que vingt-trois ans. Suivant une tradition populaire, un chef sauvage prédit que le jeune Virginien ne serait jamais tué dans une bataille ; il avait même vainement tiré sur lui plusieurs fois, et son adresse était cependant remarquable ; mais Washington fut le seul officier à cheval de l'armée américaine qui ne fut pas blessé ou tué dans cette déroute. [8] Washington, qui avertit plus tard, mais inutilement, le général européen de la position dangereuse dans laquelle il se plaçait sans nécessité, sauva le reste de l'armée anglaise, dans cette occasion, par sa décision et son courage. La réputation que s'acquit Washington dans cette bataille fut la principale cause du choix que l'on fit de lui plus tard pour commander les armées américaines. Une circonstance digne de remarque, c'est que, tandis que toute l'Amérique retentissait de la gloire dont il venait de se couvrir, son nom ne fut inscrit dans aucun bulletin d'Europe sur cette bataille. C'est de cette manière que la mère patrie cachait même la gloire des Américains, pour obéir à son système d'oppression. [9] Les nouvelles levées. [10] Un tomahawk est une petite hache. Avant l'arrivée des colons européens, les tomahawks étaient faits avec des pierres ; aujourd'hui les blancs les fabriquent eux- mêmes avec du fer, et les vendent aux sauvages. Il y a deux espèces de tomahawks, le tomahawk à pipe et le tomahawk sans pipe. Le premier ne peut être lancé, la tête de la hache formant un fourneau de pipe, et le manche un tuyau : c'est le second que les sauvages manient et jettent avec une adresse remarquable comme le dgerid des Maures. [11] Il exista pendant longtemps une confédération parmi les tribus indiennes occupant le nord-ouest de la colonie de New-York, qui fut d'abord désignée sous le nom des Cinq Nations. Plus tard, elle admit une autre tribu, et prit le titre des Six Nations. La confédération première était composée des Mohawks, des Oncidas, des Sénécas, des Cayugas, et des Onondagas. La sixième tribu s'appelait Tuscaroras. Il y a des restes de tous ces peuples encore existants sur des territoires qui leur sont assignés par le gouvernement, mais ils disparaissent tous les jours, soit par la mort, soit parce qu'ils se transportent au milieu de scènes plus en rapport avec leurs habitudes. Sous peu, il ne restera plus rien, que leur nom, de ces peuples extraordinaires, dans les régions où leurs pères ont vécu pendant des siècles. L'État de New-York a des comtés qui portent leurs noms, excepté celui des Mohawks et celui des Tuscaroras ; mais une des rivières principales de cet État s'appelle La Mohawk. [12] Narrangaset. Dans l'État de Rhode-lsland il y a une baie appelée Narrangaset, portant le nom d'une puissante tribu qui habitait autrefois ces rivages. Ce pays abondait autrefois en chevaux bien connus en Amérique sous le nom de Narrangaset. Ils étaient petits et d'une couleur appelée ordinairement sorrel (alezan, saure) en Amérique. Ils se distinguaient par leur pas. Les chevaux de cette race étaient et sont encore recherchés comme chevaux de selle, à cause de leur sobriété et de l'aisance de leur allure. Comme ils ont aussi le pied très sûr, les narrangasets étaient généralement recherchés pour servir de monture aux femmes qui étaient obligées de voyager parmi les racines et les trous des nouveaux-pays. [13] Le personnage de David n'a pas été, selon l'auteur, bien compris en Europe. C'est le type d'une classe d'hommes particulière aux États-Unis. M. Fenimore Cooper se rappelle avoir vu lui-même le temps où le chant des psaumes était une des récréations favorites de la société américaine ; aussi n'a-t-il prétendu jeter sur ce personnage qu'une teinte très légère d'ironie. [14] Les guerriers de l'Amérique du Nord se rasaient les cheveux et ne conservaient qu'une petite touffe sur le sommet de la tête, afin que leurs ennemis pussent s'en servir en arrachant le scalp au moment de leur chute. Le scalp était le seul trophée admissible de la victoire ; aussi il était plus important d'obtenir le scalp d'un guerrier que de le tuer. Quelques tribus attachaient une grande importance à l'honneur de frapper un corps mort. Ces pratiques ont presque entièrement disparu parmi les Indiens des États de l'Atlantique. [15] Le lecteur doit excuser l'introduction du mot scalper. Il se présentera trop souvent pour y suppléer par une périphrase. [16] Hunting-shirt, espèce de blouse de chasse. C'est un vêtement pittoresque, court et orné de franges et de glands. Les couleurs ont la prétention d'imiter les nuances du feuillage, afin de cacher le chasseur aux yeux de sa proie. Plusieurs corps des milices américaines ont été habillés ainsi, et cet uniforme est un des plus remarquables des temps modernes. La blouse de chasse est souvent blanche. [17] Ou mocassine, espèce de chaussure. [18] Le fusil de l'armée est toujours court, celui du chasseur est long. [19] Mississipi. Le chasseur fait allusion à une tradition qui est très populaire parmi les États de l'Atlantique ; on déduit de cette circonstance une nouvelle preuve de leur origine asiatique, quoiqu'une grande incertitude règne dans l'histoire des Indiens. [20] Les Indiens enterraient un tomahawk pour exprimer que la guerre était finie. [21] L'eau-de-vie. [22] Le wampum est la monnaie des sauvages de l'Amérique septentrionale : ils composent le wampum arec des coquillages d'une certaine espèce qu'ils unissent eu forme de chapelets, de ceintures, etc. ; cette monnaie se mesure au lieu de se compter. Des présents de wampum précèdent tous les traités de paix et d'amitié. [23] Cette scène se passait au 42° degré de latitude, où le crépuscule ne dure jamais longtemps. [24] Le wigwam est la tente des sauvages, et signifie aussi le camp ou le village d'une tribu, etc. [25] Le lecteur se rappellera que New-York était originairement une colonie hollandaise. [26] Castles. Les principaux villages des Indiens sont encore appelés châteaux (castles) par les blancs de New- York. Oneida-Castle n'est plus qu'un hameau a moitié ruiné ; cependant ce nom lui est encore conservé. [27] Relish. Dans le langage vulgaire, l'assaisonnement d'un plat est appelé par les Américains relish, et l'on semble attacher plus d'importance à l'assaisonnement qu'au met principal. Ces termes provinciaux sont souvent placés dans la bouche des acteurs, suivant leur condition. La plupart de ces termes sont d'un usage local, et d'autres sont tout à fait particuliers à la classe d'hommes à laquelle le personnage appartient. Dans le cas présent le chasseur se sert de ce mot sans faire positivement allusion au sel dont la société était abondamment pourvue. [28] Il y a ici un jeu de mots qu'il faut désespérer de traduire. L'acajou se dit en anglais mahogany : OEil-de- Faucon le prononce my hog-Guinca, ce qui veut dire mon cochon de Guinée, et il ajoute que le sassafras a une odeur bien supérieure à celle du cochon de Guinée et de tous les cochons du monde. C'est un calembour sauvage qui ne ferait peut-être pas fortune à Paris ; mais il est intraduisible. [29] Les chutes du Glenn sont sur l'Hudson, à environ quarante ou cinquante milles au-dessus de la tête de la marée, c'est-à-dire au lieu où la rivière devient navigable pour des sloops. La description de cette pittoresque et remarquable petite cataracte est suffisamment correcte, quoique l'application de l'eau aux usages de la vie civilisée ait matériellement altéré ses beautés. L'île rocheuse et les deux cavernes sont bien connues des voyageurs, et la première supporte maintenant la pile d'un pont qui est jeté sur la rivière, immédiatement au-dessus de la chute. Pour expliquer le goût d'OEil-de-Faucon, on doit se rappeler que les hommes prisent le plus ce dont ils jouissent le moins. Ainsi, dans un nouveau pays, les bois et autres beautés naturelles, que dans l'ancien monde on conserverait à tout prix, sont détruits simplement dans la vue d'améliorer (improving), comme on dit aujourd'hui. [30] Le sens des mots indiens se détermine principalement par le ton avec lequel ils sont prononcés. [31] On connaît l'aptitude de ces oiseaux à imiter la voix et le chant des autres. [32] Il faut observer qu'OEil-de-Faucon donne différents noms à ses ennemis. Mingo et Maqua sont des termes de mépris, et Iroquois est un nom donné par les Français. Les Indiens font rarement usage du même nom lorsque différentes tribus parlent les unes des autres. [33] C'est une particularité de la psalmodie américaine, que les airs sont distingués les uns des autres par des noms de villes ou de provinces, etc., comme Danemark, Lorraine, île de Wight, et ces trois derniers sont les plus estimés. [34] Le français. [35] Il a longtemps été d'usage parmi les blancs qui voulaient se concilier les Indiens les plus importants, de leur donner des médailles pour porter à la place de leurs grossiers ornements. Celles qui sont données par les Anglais ont pour émpreinte l'image du roi régnant, et celles qui sont données par les Américains, l'image du président. [36] Nom que les Indiens donnent à leurs femmes. [37] Les tentes. [38] Plusieurs des animaux des forêts de l'Amérique s'arrêtent dans les lieux où se trouvent des sources d'eau salée. On les appelle licks ou salt-licks ; dans le langage du pays cela signifie que le quadrupède est suvent obligé de lécher (to licks) la terre afin d'en obtenir les particules salées. Ces licks sont d'un grand secours aux chasseurs, parce qu'elles mettent sur la piste du gibier, qui se tient souvent dans les environs. [39] Cette scène se passe dans le lieu où l'on a bâti depuis le village de Balliston, une des principales eaux thermales de l'Amérique. [40] Il y a quelques années, l'auteur chassait dans les environs des ruines du fort Oswego, élevé sur le territoire du lac Ontario. Il faisait la chasse aux daims dans une forêt qui s'étendait presque sans interruption l'espace de cinquante milles ; il aperçut tout d'un coup six ou huit échelles étendues dans le bois à peu de distance les unes des autres ; elles étaient grossièrement faites et en très mauvais état ; surpris de voir de tels objets dans un pareil lieu, il eut recours, pour en avoir l'explication, à un vieillard qui demeurait dans les environs.
» - Pendant la guerre de 1776, le fort Oswego était occupé par les Anglais ; une expédition fut envoyée à travers deux cents milles de la forêt pour surprendre le fort. Il paraît qu'en arrivant au lieu où les échelles étaient déposées, les Américains apprirent qu'ils étaient attendus et en grand danger d'être coupés. Ils jetèrent leurs échelles et firent une rapide retraite. Ces échelles étaient restées pendant cinquante ans dans le lieu où elles avaient été ainsi déposées. » [41] On donne encore le titre de Patron au général Van Nenpelen, qui est propriétaire d'un immense domaine dans le voisinage d'Albany. À New-York, ce propriétaire est généralement connu comme le Patron par excellence. [42] Le baron Dieskau, Allemand au service de France. Quelques années avant l'époque de cette histoire, cet officier fut défait par sir William Johnson, de Johnstown (État de New-York), sur les terres du lac George. [43] L'auteur a mis en français les interpellations des sentinelles françaises et les réponses de Duncan, lorsqu'elles sont faites en français. Nous avons conservé les phrases telles qu'elles ont été écrites par l'auteur. [44] On a creusé plus de trois cents lieues de canaux dans les États-Unis depuis dix ans, et ils sont dus à la première entreprise d'un administrateur, M. Clinton, gouverneur de l'État de New-York en 1828. [45] Le plan de M. Clinton ne pouvait en effet être justifié que par le succès ; il l'a été : il s'agissait de joindre par un canal les grands lacs à l'Océan atlantique. Cette entreprise gi-gantesque a été exécutée en huit ans, et n'a coûté que 50, 000, 000 fr. [46] Mot équivalent de celui de - Français - dans la bouche d'un Anglais. [47] Ordre de chevalerie écossais. [48] Devise de cet ordre : Personne impunément n'oserait m'attaquer. [49] Petite embarcation légère à voiles ou à rames, longue de 6 à 7 m, relevée à chaque extrémité. [50] Finale de prières (psaumes, hymnes, collectes, canon de la messe, etc.) à la louange de la Trinité. [51] Le nombre des combattants qui périrent dans cette malheureuse affaire varie depuis cinq jusqu'à quinze cents. [52] Ligne de défense matérialisée par une tranchée avec palissades ou parapets, établie par l'assiégeant d'une place pour se protéger contre les attaques extérieures et couper à la place assiégée toute communication. [53] Vent du nord, et plus généralement, tout vent violent, froid et orageux. [54] Homme de rien, sot, importun. [55] Petit objet de peu de valeur. [56] Les talents de l'oiseau-moqueur d'Amérique sont généralement connus ; mais le véritable oiseau-moqueur ne se trouve pas aussi loin vers le nord que l'État de New- York, où il a cependant deux substituts de mérite inférieur : le cat-bird (oiseau-chat, ainsi nommé parce qu'il imite le miaulement d'un petit chat), souvent cité par le chasseur, et l'oiseau vulgairement nommé groum-thresher. Ces deux derniers oiseaux sont supérieurs au rossignol et à l'alouette, quoique en général les oiseaux d'Amérique ne soient pas aussi harmonieux que les oiseaux d'Europe. [57] Les beautés du lac George sont bien connues de tout voyageur américain ; relativement à la hauteur des montagnes qui l'entourent et à ses accessoires, il est inférieur aux plus beaux lacs de la Suisse et de l'Italie. Dans ses contours et la pureté de son eau, il est leur égal ; dans le nombre et la disposition de ses îles et de ses îlots, il est de beaucoup au-dessus d'eux tous. On assure qu'il y a quelques centaines de ces îles sur une pièce d'eau qui a moins de trente milles de longueur. Les canaux naturels qui unissent ce qu'on peut appeler en effet deux lacs, sont couverts d'îles qui n'ont quelquefois entre elles que quelques pieds de distance. Le lac lui-même varie, dans sa largeur, de un a trois milles. L'État de New-York est remarquable par le nombre et la beauté de ses lacs ; une de ses frontières repose sur la vaste étendue du lac Ontario, tandis que le lac Champlain s'étend presque pendant cent milles le long d'un autre. Onéida, Cayuga, Canandaigua, Seneca et George sont des lacs de trente milles de longueur ; ceux d'une plus petite proportion sont innombrables. Sur la plupart de ces lacs il y a maintenant de superbes villages, et on y voyage très souvent sur des bateaux a vapeur. [58] Nom d'un lac dans l'État de New-York. [59] Ce nom est moins connu en France que celui de mammouth : il est employé par les naturalistes du nord de l'Europe et de l'Amérique, pour désigner un animal marin monstrueux par la grandeur et par la forme. [60] Les totems forment une espèce de blason. Chaque famille sauvage se supposant descendue de quelque animal, adopte pour ses armoiries la représentation de cette origine bizarre qui peut-être n'est qu'une allégorie. Le tombeau est orné du totem qui a distingué le sauvage pendant sa vie et joué un rôle dans toutes les solennités de son existence aventureuse. [61] C'est le nom local d'une espèce d'émérillon (petit rapace diurne du genre des faucons, que l'on dressait autrefois pour la chasse ) particulière à l'Amérique. [62] Les Yenguis, les Anglais. [63] Balaam, devin que la Bible décrit comme un faux prophète de Péthor en Mésopotamie, fut mandé par Balac, roi des Moabites, pour maudire les Israélites, qui, après avoir traversé le désert venaient envahir ses États. Pendant qu'il se rendait près de ce prince, un ange armé d'une épée nue s'offrit aux yeux de l'Ânesse qui le portait ; celle-ci s'arrêta tout à coup, et, comme Balaam la frappait, l'animal, miraculeusement doué de la parole, lui reprocha sa cruauté ; en même temps, le devin aperçut un ange qui lui défendit, au nom du Seigneur, de maudire les israélites. Balaam, en effet n'osa proférer des imprécations ; tout au contraire il bénit le peuple de Dieu, malgré les instances et la colère de Balac. [64] Ces harangues adressées à des animaux sont fréquentes chez les Indiens ; ils en font aussi souvent à leurs victimes, leur reprochant leur poltronnerie ou louant leur courage, selon qu'elles montrent de la force ou de la faiblesse dans les souffrances. [65] Le suc-ca-tush est un mets composé de maïs et d'autres ingrédients mêlés : ordinairement il n'y entre que du maïs et des fèves. Ce mets est très connu et très estimé des blancs des États-Unis, qui le désignent par le même nom. [66] Les Américains appellent quelquefois leur saint tutélaire Tameny, corruption du nom du célèbre chef que nous introduisons ici. Il y a beaucoup de traditions qui parlent de la réputation et de la puissance de Tamenund. [67] William-Penn était appelé Miquon par les Delawares, et comme il n'usa jamais ni d'injustices ni de violences dans ses relations avec eux, sa réputation de probité est passée en proverbe. L'Américain est justement fier de l'origine de sa nation parce qu'elle est peut-être unique dans l'histoire du monde, mais les Pensylvaniens et les habitants de Jersey ont encore plus de raisons de se glorifier de leurs ancêtres que les habitants d'aucun autre État, puisque aucune injustice n'a été commise par eux envers les premiers propriétaires du sol natal. [68] Allusion à l'opinion de quelques nations sauvages que la terre est placée sur le dos d'une grande tortue. [69] De la Grande Tortue. [70] Guillaume Penn. [71] Un tronc nu et blazed. On dit, dans le langage du pays, d'un arbre qui a été partiellement ou entièrement dépouillé de son écorce, qu'il a été blazed. Ce terme est tout à fait anglais, car on dit, en Angleterre, d'un cheval qui a une marque blanche qu'il est blazed. [72] Les forêts américaines permettent le passage du cheval, parce qu'il y a peu de buissons et de branches pendantes. Le plan d'OEil-de-Faucon est un de ceux qui ont réussi le plus souvent dans les combats entre les blancs et les Indiens. Wayne, dans sa célèbre campagne sur le Miami, reçut le feu de ses ennemis en ligne, et alors ordonnant a ses dragons de tourner autour de ses flancs, les Indiens furent chasses de leur couvert sans avoir le temps de charger leurs armes. Un des principaux chefs qui se trouvait au combat de Miami, assura à l'auteur que les Peaux-Rouges ne pouvaient pas vaincre les guerriers qui portaient « de longs couteaux et des bas de peau » faisant allusion aux dragons avec leurs sabres et leurs bottes. [73] Cette phrase est une expression de mépris adressée à l'ennemi en fuite, et qui n'a aucune liaison avec les paroles qui suivent immédiatement. [74] Il est curieux de comparer ce chant de mort avec le coronach du jeune Duncan dans la Dame du Lac.
End of Project Gutenberg's Le dernier des mohicans, by James Fenimore Cooper