On pourrait donner encore d'autres détails sur ce peuple intéressant, surtout sur la partie la plus récente de son histoire; mais l'auteur ne les croit pas nécessaires au plan de cet ouvrage. La mort du pieux et vénérable Heckewelder[5] est sous ce rapport une perte qui ne sera peut-être jamais réparée. Il avait fait une étude particulière de ce peuple; longtemps il prit sa défense avec autant de zèle que d'ardeur, non moins pour venger sa gloire que pour améliorer sa condition morale.
Après cette courte Introduction, l'auteur livre son ouvrage au lecteur. Cependant la justice ou du moins la franchise exige de lui qu'il recommande à toutes les jeunes personnes dont les idées sont ordinairement resserrées entre les quatre murs d'un salon, à tous les célibataires d'un certain âge qui sont sujets à l'influence du temps, enfin à tous les membres du clergé, si ces volumes leur tombent par hasard entre les mains, de ne pas en entreprendre la lecture. Il donne cet avis aux jeunes personnes qu'il vient de désigner, parce qu'après avoir lu l'ouvrage elles le déclareraient inconvenant; aux célibataires, parce qu'il pourrait troubler leur sommeil; aux membres du clergé, parce qu'ils peuvent mieux employer leur temps.
LE DERNIER DES MOHICANS
HISTOIRE DE MIL SEPT CENT CINQUANTE-SEPT
Ne soyez pas choqués de la couleur de mon teint; c'est la livrée un peu foncée de ce soleil brûlant près duquel j'ai pris naissance.
Shakespeare. Le Marchand de Venise, acte II, scène I.
Chapitre premier
Mon oreille est ouverte. Mon coeur est préparé; quelque perte que tu puisses me révéler, c'est une perte mondaine; parle, mon royaume est-il perdu?
Shakespeare.
C'était un des caractères particuliers des guerres qui ont eu lieu dans les colonies de l'Amérique septentrionale, qu'il fallait braver les fatigues et les dangers des déserts avant de pouvoir livrer bataille à l'ennemi qu'on cherchait. Une large ceinture de forêts, en apparence impénétrables, séparait les possessions des provinces hostiles de la France et de l'Angleterre. Le colon endurci aux travaux et l'Européen discipliné qui combattait sous la même bannière, passaient quelquefois des mois entiers à lutter contre les torrents, et à se frayer un passage entre les gorges des montagnes, en cherchant l'occasion de donner des preuves plus directes de leur intrépidité. Mais, émules des guerriers naturels du pays dans leur patience, et apprenant d'eux à se soumettre aux privations, ils venaient à bout de surmonter toutes les difficultés; on pouvait croire qu'avec le temps il ne resterait pas dans le bois une retraite assez obscure, une solitude assez retirée pour offrir un abri contre les incursions de ceux qui prodiguaient leur sang pour assouvir leur vengeance, ou pour soutenir la politique froide et égoïste des monarques éloignés de l'Europe.