[34] Le Grand lac de l’Esclave s’étend, au nord du Lac Athabasca, entre le soixantième degré et le Cercle Arctique. Il mesure, de l’est à l’ouest, 500 kilomètres environ.
Les trouvailles d’or se multiplièrent. Le Mac-Farlane était riche en paillettes, petites et grosses, qu’il n’y avait qu’à ramasser dans ses eaux, mêlées au sable et au gravier. Les prospecteurs, sitôt arrivés, se hâtaient de délimiter, tout le long du fleuve, leurs champs d’exploitation et se mettaient aussitôt au travail. Les retardataires s’en allaient un peu plus loin. Et la rumeur se répandit, dans tout le Northland, que la récolte du jaune métal était plus abondante encore que sur les rives du Yukon[35].
[35] Le Yukon, ou Yakou, après avoir coulé du sud au nord, comme le Mackenzie, fait un coude vers l’ouest et va se jeter dans la Mer de Behring, sur le territoire de l’Alaska. Les deux fleuves sont séparés l’un de l’autre par la chaîne des Montagnes Rocheuses.
L’afflux des chasseurs d’or augmenta. D’une vingtaine qu’ils étaient au début, ils devinrent cent, puis cinq cents, puis un millier. Beaucoup venaient du sud et du pays des prairies, abandonnant les gisements plus exploités du Saskatchewan. Les autres descendaient du Far Nord[36] et du Klondike, par les Montagnes Rocheuses et le Fleuve Mackenzie. Ceux-là étaient les aventuriers les plus aguerris et les plus rudes, qui ne redoutaient ni la mort par le froid, ni celle par la faim.
[36] Le Far Nord ou l’Extrême-Nord.
De ce nombre était Sandy Mac Trigger.
Pour de multiples raisons, Sandy avait jugé préférable de s’éloigner du Yukon. Il était en délicatesse avec la police qui patrouillait dans la région et, par surcroît, sa poche était vide.
C’était un des meilleurs prospecteurs qui eussent cherché fortune sur cette terre lointaine. Il avait récolté de l’or pour un ou deux millions de dollars. Mais il avait bu ou perdu au jeu tout son gain. C’était, au demeurant, un roué, sans conscience aucune, et qui ne craignait ni Dieu ni Diable.
Sa face était brutale et bestiale. Sa mâchoire en galoche, ses yeux exorbités, son front bas et la touffe de cheveux roux, tirant déjà vers le gris, qui lui ornait le crâne, lui donnaient un aspect peu rassurant. Rien qu’à le regarder, quiconque comprenait qu’il était peu prudent de se fier à lui, au delà de la portée de la vue ou d’une balle de fusil.
Il était véhémentement soupçonné d’avoir tué deux hommes et d’avoir vidé les poches de beaucoup d’autres. Mais, chaque fois, la preuve avait manqué et jamais la police n’avait pu le prendre sur le fait. Son sang-froid et sa maîtrise de lui étaient extraordinaires. Ses pires ennemis lui rendaient sur ce plan justice et ne pouvaient s’empêcher d’admirer non plus sa ténacité et son courage.