Il l’exécuta en tressant ensemble les plus fines de ces lanières, comme on fait pour les sangles d’une raquette à neige. En dix minutes, il avait terminé la muselière, y avait inséré le nez de Kazan, et l’avait fixée solidement autour du cou de l’animal. Il confectionna, avec d’autres lanières, une laisse de dix pieds de long. Puis il s’assit, les jambes croisées, en attendant que Kazan revînt à lui.

Cela ne tarda pas. Le chien-loup commença par soulever sa tête et regarda autour de lui. Il ne vit rien tout d’abord. Un brouillard de sang était sur ses yeux. Puis son regard s’éclaircit et il aperçut l’homme.

Son premier mouvement fut de se dresser sur ses pattes. Trop faible pour se tenir debout, il retomba, par trois fois, sur le sol. L’homme, assis à six pieds de lui, tenait la laisse et ricanait. Les crocs de Kazan se découvrirent. Il grogna, menaçant, et son dos se mit en brosse, Sandy Mac Trigger se remit debout.

— Sûr et certain, que je sais bien ce que tu complotes, marmotta-t-il. J’en ai, avant toi, vu d’autres de ton espèce. Les damnés loups t’ont rendu mauvais et tu auras besoin d’une bonne quantité de coups de trique avant de te décider à remarcher droit. Veux-tu que nous commencions immédiatement la leçon ? Écoute un peu…

Mac Trigger avait eu soin d’apporter de la pirogue un robuste gourdin. Il le ramassa sur le sable, sans lâcher la lanière, qu’il tenait de l’autre main.

Kazan s’était enfin redressé. Devant lui il retrouvait l’Homme, son vieil ennemi, et, dans la main de l’Homme, l’inséparable gourdin. Tout ce qu’il y avait dans sa nature de férocité farouche se réveilla. Il savait que Louve Grise était partie. L’homme qui était là en était responsable. Ce même homme l’avait blessé et son gourdin, il le savait bien, s’apprêtait à frapper.

Alors si soudainement il bondit que Mac Trigger, qui pourtant se méfiait, n’eut point le temps de parer l’attaque. Avant qu’il n’eût levé son gourdin ou sauté de côté, Kazan lui arrivait en pleine poitrine.

La muselière sauva seule la vie à Sandy. La mâchoire redoutable claqua, sans pouvoir mordre. Mais il tomba en arrière, sous la violence du choc, comme s’il eût été frappé par une catapulte.

Aussi agile qu’un chat, Sandy Mac Trigger se remit aussitôt sur ses pieds, tenant toujours solidement la lanière qui retenait Kazan captif et qu’il avait enroulée plusieurs fois autour de son poignet.

Le chien-loup bondit derechef. Mais il rencontra le furieux moulinet du gourdin, qui s’abattit sur son épaule, d’un coup bien appliqué, et l’envoya rouler sur le sable.