Il ne sut pas non plus quand le soleil acheva de sombrer à l’occident, derrière les forêts, et ne vit point venir la nuit. Il y eut un moment, seulement, où il s’éveilla de sa stupeur. Dans son dolent cerveau il lui sembla que résonnait une voix connue, une voix du passé. Il leva la tête et écouta.
Sur le sable de la berge, il vit Mac Trigger qui avait établi son feu. L’homme s’était levé et se tenait debout dans la lueur rougeâtre, tourné vers les ténèbres de la forêt, et lui aussi écoutait. Il écoutait ce même cri funèbre qui avait ranimé Kazan, la lamentation de Louve Grise, qui retentissait au loin.
Kazan se remit sur ses pattes et, en gémissant, commença à tirer sur la lanière. Sandy bondit vers lui après s’être saisi du gourdin, qu’il avait gardé à sa portée.
— Couché ! Sale bête ! ordonna-t-il.
Dans la lumière du feu, le gourdin se leva et s’abattit, rapide et féroce.
Et lorsque Mac Trigger s’en revint vers le foyer qui brûlait sur le sable, à côté de ses couvertures qu’il avait étendues pour y dormir, le gros bâton avait pris un aspect tout différent. Il était maintenant couvert de sang et de poils.
— Certainement, monologua Sandy, que ma méthode, à la longue, le calmera. J’y réussirai… ou je le tuerai !
Plusieurs fois, durant la nuit, Kazan entendit l’appel de Louve Grise. Il gémissait très bas, en réponse, de crainte du gourdin. Il avait la fièvre et souffrait atrocement dans sa chair sanglante. Il regardait brûler le feu et son gosier desséché implorait un peu d’eau.
Aux premières lueurs de l’aube, l’homme sortit de dessous ses couvertures et apporta à Kazan de la viande et de l’eau. Il but l’eau, mais continua à refuser la viande. Il ne grognait plus et ne découvrait plus ses crocs. Sandy se plut à constater cette amélioration.
Quand le soleil se leva, Sandy avait terminé son déjeuner du matin et était prêt à partir. Sans crainte, et négligeant le gourdin, il vint vers Kazan, le délia du tronc de l’arbre et le traîna à sa suite, sur le sable, vers la pirogue. Kazan se laissa faire.