Les deux bêtes, pareillement splendides, les deux lutteurs de tant d’impitoyables batailles, allaient sans nul doute, par la cruelle volonté des hommes, livrer leur dernier duel. Déjà les deux animaux s’affrontaient.
Mais, à ce moment, que se passa-t-il en eux ? Est-ce O-se-ki, le Grand Esprit des Solitudes, qui opéra dans leur cerveau et leur fit comprendre que, victimes de la barbarie humaine, ils avaient l’un envers l’autre un impérieux devoir de fraternité ?
Toujours est-il qu’à la seconde décisive, alors que toute la salle, haletante, s’attendait à une mutuelle prise de corps, imminente et féroce, on vit le gros danois lever lentement sa tête vers les lampes à pétrole et esquisser un bâillement.
Harker, qui voyait son champion offrir ainsi sa gorge aux crocs de Kazan, se mit à trembler de tous ses membres et à proférer d’affreux blasphèmes. Kazan pourtant ne bondit pas. Le pacte de paix avait été mutuellement scellé entre les deux adversaires qui, se rapprochant l’un de l’autre, épaule contre épaule, parurent regarder avec un immense dédain, à travers les barreaux de leur prison, la foule à nouveau furieuse.
Ce fut, cette fois, une explosion de colère, un mugissement menaçant, pareil à celui d’un ouragan. Exaspéré, Harker tira de l’étui son revolver et coucha en joue le gros danois.
Mais, par-dessus le tumulte, une voix s’éleva.
— Arrêtez ! jeta-t-elle d’un ton de commandement. Arrêtez au nom de la loi !
Il y eut un silence soudain et toutes les figures se retournèrent vers la voix qui parlait.
Deux hommes étaient montés sur des tabourets et dominaient les assistants.
L’un était le sergent Brokaw, de la Police montée du Nord-Ouest. C’est lui qui avait parlé. Il tenait sa main levée, pour ordonner attention et silence. L’autre était le professeur Paul Weyman. Ce fut lui qui, protégé par la main levée du sergent, prit ensuite la parole.