Le gros danois, à qui la moitié du repas était destinée, était couché pareillement, à quelques pieds de Kazan, et ses énormes mâchoires bavaient, dans l’attente du festin qui se préparait.

Le refus de ces deux superbes bêtes de s’entre-tuer pour le plaisir de trois cents brutes, assemblées tout exprès, réjouissait infiniment le digne professeur. Il avait dressé déjà le plan d’une communication sur cet incident.

Ce fut le danois que Paul Weyman commença par servir. Il lui apporta un litre environ de la succulente pâtée et, tandis que, remuant la queue, le chien la malaxait dans ses puissantes mâchoires, il lui donna sur le dos une chiquenaude amicale.

Son attitude fut toute différente quand il se dirigea vers Kazan. Très prudemment il s’avança, sans vouloir, cependant, paraître avoir peur.

Sandy, qu’il avait longuement interrogé, lui avait conté l’histoire de la capture de Kazan et la fuite de Louve Grise. Paul Weyman ne doutait pas que le hasard ne lui eût fait retrouver la même bête qu’il avait eue déjà en sa possession et à qui il avait rendu la liberté.

Tout en estimant que lui redonner cette liberté était devenu inutile, puisque sa compagne sauvage avait disparu, à tout jamais sans doute, le professeur s’efforçait, de tout son pouvoir, d’obtenir les bonnes grâces de Kazan.

Ces avances demeuraient sans succès. Elles n’amenaient dans les yeux du chien-loup aucune lueur de reconnaissance. Il ne grognait pas à l’adresse de Weyman et ne tentait pas de lui mordre les mains lorsqu’elles se trouvaient à sa portée. Mais il ne manifestait nul désir de devenir amis. Le danois gris, au contraire, s’était fait rapidement familier et confiant.

Parfois, sous un prétexte ou sous un autre, Mac Trigger venait rendre visite à la petite cabane de bûches, qu’en compagnie d’un domestique habitait Paul Weyman, au bord du Grand Lac de l’Esclave, à une heure environ de Red Gold City.

Alors Kazan entrait en fureur et tirait sur sa chaîne par bonds frénétiques, afin de se jeter sur son ancien maître. Ses crocs ne cessaient pas de luire et il ne se calmait qu’en se retrouvant seul avec le professeur.

Un jour, comme la même scène s’était renouvelée, Sandy Mac Trigger dit à Paul Weyman :