La jeune femme se mit à sourire.

Et, comme la pirogue passait en vue d’une longue presqu’île de sable blanc qui, du rivage, s’allongeait dans le fleuve :

— C’est ici, dit-elle, te souviens-tu ? que notre vieil ami, le chien-loup, nous a faussé société. Je reconnais l’endroit. Sa compagne délaissée, la louve aveugle, était là, sur le sable, qui l’appelait. Alors il a piqué une tête dans l’eau… Je me demande où, depuis, ils s’en sont allés… Quant à nous, nous serons bientôt arrivés.

L’ancienne cabane était toujours en place, telle que Jeanne et son mari l’avaient laissée. Seules, la vigne vierge et les autres plantes grimpantes l’avaient recouverte. Les volets et la porte étaient toujours clos, avec leurs barres transversales clouées. Tout autour avaient démesurément grandi les herbes sauvages.

Elle fut rouverte, non sans émotion. Tandis que le mari déchargeait de la pirogue les bagages et toutes ses séries de trappes, Jeanne commençait à déjà remettre son home en état, et bébé Jeanne, qui était devenue une gentille fillette, s’en donnait à cœur joie de folâtrer et de jacasser.

Comme le crépuscule tombait et comme bébé Jeanne, fatiguée du voyage, s’était couchée déjà et endormie, Jeanne et son mari s’assirent tous deux sur le seuil de la cabane, afin de profiter de l’ultime beauté de ces jours automnaux, que le rude hiver allait bientôt suivre.

Soudain ils tressaillirent.

— As-tu entendu ? dit l’homme à la jeune femme, dont il caressait de la main la soyeuse chevelure.

— Oui, j’ai entendu… répondit-elle.

Et sa voix tremblait.