— Il nous faut, mon vieux, les ramener à tout prix, continua-t-il, en caressant sa barbe. Et cela, toi seul et moi, nous le pouvons faire.

Une toux creuse le secoua. Il respira avec oppression, en s’étreignant la poitrine, et reprit :

— Le gîte est à cinquante milles, en ligne droite. Je prie Dieu que nous puissions y parvenir sains et saufs, et que mes poumons ne m’abandonnent pas auparavant.

Il se releva, en chancelant un peu, et alla vers Kazan. Il attacha la bête derrière le traîneau ; puis, après avoir jeté d’autres branches sur le feu, il entra sous la tente, où Jeanne et l’enfant dormaient.

Trois ou quatre fois au cours de la nuit, Kazan entendit la voix de Louve Grise appelant le compagnon qu’elle avait perdu. Mais Kazan comprenait qu’il ne devait plus lui répondre. Vers l’aurore, Louve Grise approcha à une courte distance du campement, réitéra son appel et, pour la première fois, Kazan lui répliqua.

Son hurlement réveilla Pierre, qui sortit de la tente et regarda le ciel, que commençait à blanchir l’aube. Il raviva le feu et se mit à préparer le déjeuner.

VIII
L’INTERSIGNE DE LA MORT

Pierre caressa Kazan sur la tête et lui donna un morceau de viande. Peu après, Jeanne parut à son tour, laissant l’enfant reposer encore. Elle courut embrasser son père, puis, s’agenouillant devant Kazan, elle se reprit à lui parler, de sa même voix avec laquelle elle avait parlé à Jeannette.

Lorsque, d’un bond gracieux, elle se remit ensuite sur ses pieds, afin de donner un coup de main à son père, Kazan la suivit et Jeanne, voyant qu’il était maintenant à peu près d’aplomb sur ses pattes, poussa un cri de joie.

Ce fut un singulier voyage que celui qui commença, ce jour-là. Pierre Radisson avait, tout d’abord, vidé le traîneau de tous les objets qu’il contenait, en n’y laissant que la tente repliée, les couvertures, les vivres et, pour Jeannette, le nid chaud de fourrures. Puis il endossa un des harnais et se mit à tirer le traîneau sur la neige. Toujours attaché, Kazan suivait.