— Il est, dit-elle, venu avec les loups. Appelons-le « Loup ».
Elle tenait la petite Jeannette sur un de ses bras. Elle étendit l’autre vers Kazan en répétant à plusieurs reprises :
— Loup ! Loup ! Loup !
Kazan ne la perdit pas du regard. Il comprit qu’elle lui parlait et avança légèrement vers elle.
Longtemps après que Jeanne fut rentrée dans la tente et couchée, le vieux Pierre Radisson était encore dehors, à veiller, assis devant le feu, sur le rebord du traîneau, avec Kazan à ses pieds.
Soudain, le silence fut rompu par le hurlement solitaire de Louve Grise. Kazan leva la tête et se reprit à gémir.
— Elle t’appelle, petit, fit Pierre, qui comprenait.
Il toussa, appuya sa main sur sa poitrine, que la douleur semblait déchirer. Puis, parlant à Kazan :
— Poumon mangé par le froid, vois-tu. Gagné cela au début de l’hiver, tout là-bas, vers le lac. J’espère pourtant que je pourrai regagner à temps le logis, avec mes deux Jeanne.
C’est une habitude que prend bientôt l’homme, dans la solitude et le néant du Wilderness, de monologuer avec lui-même. Mais Kazan, avec ses yeux pétillants d’intelligence, était un interlocuteur tout trouvé. C’est pourquoi Pierre lui parlait.