— Mon Dieu ! Jeannie ! dit Pierre, écoute cela.

Kazan avait soulevé sa tête et un pleurnichement éploré répondit à la plainte nostalgique qui retentissait. C’était Louve Grise qui l’appelait.

Jeanne et son père enveloppèrent Kazan dans la couverture et, la prenant chacun par un bout, emportèrent avec eux l’éclopé, jusqu’au campement. Ce fut miracle que l’opération s’accomplît sans autre révolte de l’animal, et sans égratignure ni morsure.

Kazan fut couché devant le feu et, au bout de quelques moments, ce fut encore l’homme qui apporta près de lui l’eau tiède qui servit à laver la blessure de sa patte, à enlever le sang coagulé, puis qui étendit sur la plaie quelque chose de doux et qui calmait et qui lia le tout, finalement, avec une bande de toile.

Puis encore ce fut l’homme qui lui offrit un succulent gâteau, fait de graisse et de farine, et qui l’invita à manger, tandis que Jeanne lui parlait, assise devant lui, son menton entre les mains. Après quoi, se sentant tout à fait réconforté, il n’eut plus peur du tout.

Un cri faible et très étrange, qui sortait du paquet de fourrures demeuré sur le traîneau, lui fit dresser la tête, d’un mouvement saccadé. Jeanne vit le mouvement, et entendit le grognement qui roulait dans sa gorge. Elle courut près du paquet, lui parla avec des modulations câlines et, le prenant dans ses bras, écarta la peau de lynx afin que Kazan pût voir.

Kazan n’avait encore jamais vu d’enfant d’aussi près. Jeanne tendit vers lui le bébé, pour qu’il le regardât bien en face et admirât quelle merveilleuse petite créature c’était là. Le visage rose semblait fixer la bête, les mains mignonnes s’allongeaient vers elle, et un jacassement partit à son adresse. Puis, tout à coup, ce fut une agitation générale du menu corps et comme un éclat de rire. Kazan, rassuré, détendit ses muscles et vint se traîner aux pieds de la mère et de l’enfant.

— Vois donc, mon père ! s’exclama Jeanne. Il a pris déjà l’enfant en affection. Oh ! la bonne bête ! Il nous faut, sans tarder, lui choisir un nom. Mais lequel ?

— Demain matin nous chercherons cela plus à loisir. Il se fait tard dans la nuit. Rentre sous la tente et dors. La prochaine journée sera rude. Nous n’avons plus de chien maintenant et il nous faudra tirer nous-mêmes le traîneau.

Comme elle allait pénétrer sous la toile, Jeanne s’arrêta.