Pierre Radisson était mort.
IX
SUR LE FLEUVE GLACÉ
L’aube paraissait lorsque l’enfant, se pressant de plus près contre la chaude poitrine de sa mère, l’éveilla en demandant sa nourriture.
Jeanne ouvrit les yeux, écarta ses cheveux ébouriffés et le premier objet qu’elle aperçut fut, de l’autre côté de la tente, la forme ombreuse de Pierre Radisson, qui semblait reposer paisiblement.
Elle en fut tout heureuse, car elle savait combien la journée précédente avait été épuisante pour son père. Afin de ne point troubler son sommeil, elle demeura elle-même immobile dans son lit, une demi-heure encore, en roucoulant doucement à son bébé.
Elle se décida enfin à se lever avec précaution, borda bébé Jeanne dans les couvertures et dans les fourrures, et, s’enveloppant dans une épaisse pelisse, alla vers la porte de la tente et sortit.
Le jour s’était maintenant complètement fait et elle constata, avec satisfaction, que le vent avait cessé. Le temps était calme ; mais le froid, par contre, était terriblement piquant et la saisit au visage.
Dehors, le feu s’était éteint et Kazan était enroulé en boule près des cendres froides, le museau enfoui sous son propre corps.
Il leva la tête vers Jeanne, tout grelottant, lorsqu’elle parut. De son pied, chaussé de lourds mocassins, la jeune femme éparpilla les cendres et les bûches noircies. Pas une étincelle n’y était plus enclose. Elle caressa de la main la tête hirsute de Kazan.
— Pauvre Loup ! dit-elle. J’aurais dû penser à te donner hier soir, pour te tenir chaud, une de nos peaux d’ours !