Le soir venu, après l’avoir beaucoup caressé, Jeanne lui dit :

— N’est-ce pas, Kazan, que tu nous défendrais cette nuit, si un danger nous menaçait ? Maintenant je vais verrouiller la porte, car tu dois demeurer avec nous jusqu’à demain matin.

Elle se remit à caresser le chien-loup, avec émotion. Sa main tremblait nerveusement.

— Bientôt, sais-tu, reprit-elle, nous allons partir, nous en retourner chez nous. Notre récolte de fourrures est terminée. Oui, nous repartons tout là-bas, là où vivent les parents de mon mari, là où il y a des villes, avec de grandes églises, des théâtres et des concerts de musique, et un tas d’autres des plus belles choses qui sont en ce monde. Et nous t’emmènerons avec nous, Kazan !

Kazan ne comprenait pas ce que lui disait Jeanne, mais il agitait sa queue, tout heureux de voir que la jeune femme lui parlait. Il en oubliait Louve Grise et sa rancune contre la cabane, et il alla se coucher tranquillement dans un coin.

Mais, lorsque Jeanne et l’enfant se furent endormis, quand le silence fut retombé dans la nuit, son malaise le reprit. Il se mit sur ses pattes et tourna furtivement tout autour de la chambre, reniflant les murs, la porte, et tous les objets empaquetés par Jeanne.

Il gémit. La jeune femme, à demi réveillée, l’entendit et murmura :

— Tiens-toi tranquille, Kazan ! Va dormir… Va dormir…

Alors il ne bougea plus et demeura immobile au milieu de la chambre, inquiet et écoutant.

Et, à travers les murs de bûches de la cabane, il entendit une plainte lointaine qui venait faiblement jusqu’à lui. C’était le cri de Louve Grise. Ce cri différait toutefois de celui qu’il avait coutume d’ouïr. Ce n’était pas un appel de solitude. C’était tout autre chose.