Il courut vivement vers la porte close et se reprit à gémir. Mais Jeanne et l’enfant dormaient profondément et ne l’entendirent point.
Une fois encore le cri retentit et tout se tut à nouveau. Kazan s’étala devant la porte et y passa le reste de la nuit.
C’est là que Jeanne le trouva, tout alerté, lorsque le lendemain matin, de bonne heure, elle s’éveilla. Elle entr’ouvrit la porte et, en une seconde, il fut dehors. A toute volée, il s’élança vers le Sun Rock, dont le soleil levant teintait le faîte d’une lueur d’or.
Il y grimpa rapidement, par la piste étroite et raboteuse, et ne trouva point que Louve Grise fût venue au-devant de lui.
Il atteignit la tanière et huma l’air, le dos hérissé et les pattes raides. Quelque chose de nouveau flottait dans l’air et ce quelque chose était de la vie. Il se glissa dans la fente pratiquée entre deux rochers et, avançant la tête, se trouva nez à nez avec Louve Grise, qui n’était pas seule.
Louve Grise poussa un gémissement plaintif. Les poils s’aplatirent sur le dos de Kazan et il répondit par un grognement attendri. Puis lentement il recula et, dans la lumière de l’aurore, il se coucha devant l’entrée de la tanière, faisant à la louve, de son corps, comme un bouclier.
Louve Grise était mère.
XI
LA TRAGÉDIE SUR LE SUN ROCK
Toute cette journée, Kazan demeura sur le Sun Rock. Le sentiment de sa paternité nouvelle était plus fort que l’appel de la cabane.
Au crépuscule, Louve Grise se releva de sa couche et tous deux allèrent faire ensemble un tour sous les sapins. La louve, avec de petits grognements, mordillait gentiment le cou hirsute de Kazan. Et Kazan, selon le vieil instinct de ses pères, répondait en caressant de sa langue la gueule de Louve Grise. Celle-ci témoigna de sa satisfaction par une série de halètements saccadés, qui étaient sa manière de rire.