— Je n’ai pas peur du fleuve, répondit Marette avec un regard dont il se sentit fier. Où iront-ils nous chercher demain ?
Kent alluma sa pipe et eut un geste comique.
— Dans les bois, sur le fleuve, partout. Ils seront comme une fourmilière sur laquelle on a posé le pied. Naturellement leur premier soin sera de vérifier s’il ne manque aucun bateau ; mais ils ne comptaient pas sur le nôtre. Nous n’avons tout simplement qu’à surveiller ce qui se passe derrière nous, et à profiter de notre avance. Dormez bien tranquille. J’aurai l’œil pour empêcher le canot de faire une causette avec les sables de la rive.
Sur ces mots il sortit. Il n’y avait pas une demi-heure que Kent tenait la barre du gouvernail lorsque Marette vint le rejoindre.
— Je ne peux pas dormir, dit-elle en s’asseyant sur le plancher, contre lui.
Sa voix était câline, l’abandon de sa pose trahissait en elle l’amoureuse. Kent crut deviner qu’elle était prête à lui livrer son secret, mais il se garda de l’interroger tout de suite pour ne pas éveiller sa méfiance.
— Comme on se sent loin de tout danger, ici ! dit-elle. Mais je voudrais être sûre qu’on n’inquiétât point « Doigts-Sales » et nos amis à cause de nous.
— Ils sont bien trop fins pour se laisser soupçonner. Mooie n’est pas intervenu, n’est-ce pas, dans ce qui s’est passé en dernier lieu ?
— Non, dit-elle évasivement.
Et Kent sentit, au ton de voix de Marette, qu’elle se déroberait encore. Aussi, d’un ton détaché, comme s’il se fût agi d’un simple incident, il demanda :