En voyant tout cela, Kent put songer à une maisonnette d’enfant. Il se débarrassa de son fourniment et céda la place à Marette.
Marette s’empressa d’allumer un bon feu dans le petit poêle ; quand le bois commença à pétiller joyeusement, et que l’air se fut adouci de chaleur, elle appela son compagnon.
En entrant comme un grand chien mouillé, courbé presque jusqu’à toucher le plancher de ses mains, Kent sentit le ridicule de son attitude, l’incongruité de son grand corps dans cette maison qui ressemblait à un jouet.
Marette avait retiré sa toque. Elle aussi devait se courber dans cette cabine haute de quatre pieds, mais elle n’y semblait pas aussi grotesque que lui. Ses cheveux tout trempés étaient collés à ses tempes et à ses joues. Ses pieds, ses bras et une partie de son corps étaient mouillés, mais ses yeux brillaient et elle souriait à son ami. Elle ne pensait plus au tonnerre, aux éclairs, à Kedsty gisant dans le bungalow ; elle ne songeait qu’à lui.
Il se mit à rire franchement. C’était joyeux et émouvant, ce petit intérieur tiède après les fureurs de l’orage et dans le formidable bruissement du grand fleuve. La chaleur du poêle ne tarda pas à pénétrer leurs membres engourdis, et le gai craquement des petites bûches de bouleau leur fit oublier toute préoccupation. Comme ils étaient loin de tout à cette minute ! Les dangers qu’ils venaient d’encourir ne leur laissaient qu’une impression de petite misère en face du bonheur qui les attendait, qu’ils possédaient déjà, que Marette lisait sur le visage de Kent et que celui-ci admirait en Marette. Elle continuait à lui sourire des yeux et des lèvres dans la douce clarté de la bougie.
Mais cette clarté pouvait être aperçue de la rive. Que penserait-on de cette tache lumineuse glissant dans l’obscurité sur le fleuve ? Sur plusieurs milles de l’autre côté du Landing s’échelonnaient des cabanes de trappeurs et de pêcheurs dont il n’était pas précisément utile d’éveiller l’attention. Kent accrocha son caoutchouc, en guise de rideau, devant la fenêtre de la cabine.
— Nous voilà bien partis, dit-il alors en se frottant les mains. Ne croyez-vous pas que nous nous aurions mieux l’illusion d’être chez nous si j’allumais une petite pipe.
… On se sent ici en sûreté, n’est-ce pas ? reprit-il en commençant à bourrer sa pipe. Tout le monde doit sans doute dormir, mais si quelque marinier avait été pris d’insomnie, il aurait pu se demander quel était ce météore filant sur le fleuve. Nous n’avons pas besoin de mettre les gens au courant de notre petite affaire.
— Bien sûr, dit Marette, en se pelotonnant dans son coin.
— Je vais reprendre le gouvernail. Ne vous inquiétez pas. Il n’y a du reste aucun danger de naufrage pour le moment. Nous aurons au moins le temps de nous sécher. Sur trente milles, nous ne rencontrerons ni roche, ni rapide. Le fleuve est lisse comme un plancher de bal. S’il nous arrive de buter contre la rive, ne vous effrayez pas.