Il lui mit ses mains sur les épaules, l’écarta à bout de bras, et, d’un mouvement violent, il la projeta contre sa poitrine. Ils échangèrent un long baiser.
Il eut assez de peine à pousser la barque vers le milieu de l’étang, tant les roseaux étaient drus. La rame qu’il employait comme une perche pour progresser s’enfonçait dans la vase et annihilait parfois l’impulsion qu’il venait d’obtenir. Mais il songeait aux bons coups qu’il donnerait ensuite en eau libre. Ce moment arriva.
Bientôt le remous du courant vint à son aide, de puissantes mains l’entraînaient vers le fleuve. Ce concours ranima ses forces. Marette, devant lui, l’encourageait par des « han » joyeux suivant le rythme de ses mouvements.
Il avait atteint le large courant de l’inondation qui filait vers l’Esclave, le Mackenzie et l’Arctique. Alors il abandonna les rames pour se mettre debout, pour respirer plus amplement, pour crier son triomphe, sa joie, son vaste espoir. Marette, elle aussi, se dressa devant lui. Il s’empara d’elle et la baisa sauvagement sur la bouche.
Quand ces deux êtres s’étaient jetés la première fois dans les bras l’un de l’autre, après avoir craint d’être séparés, ce n’avait été que par besoin de preuve qu’ils existaient pour s’appartenir mutuellement, pour mieux sentir moralement qu’ils ne faisaient qu’un. Sur la roche, le baiser qu’ils s’étaient donné fut leur premier baiser de désir. Ils l’avaient prolongé jusqu’au trouble des sens.
Mais dans la barque, dans la vitesse du courant, sous la brise du fleuve, le baiser que Kent donna à Marette ne fut que pour témoigner sa grande joie, son allégresse, son excès de force, par élan vital, par pur plaisir.
CHAPITRE XIX
LA CABINE
L’embarcation possédait une petite cabine de huit pieds de long sur six de large et dont le plafond était si bas que Kent à genoux l’aurait touché de la tête.
Le bateau bien lancé dans le courant, Kent voulut procéder à l’installation de Marette. A la lueur d’une allumette, il aperçut une bougie, plantée dans un morceau de bouleau fendu et fixé contre une paroi.
Quand il l’eut allumée, en jetant un coup d’œil autour de lui, il bénit à nouveau « Doigts-Sales ». Le bateau avait été aménagé pour un voyage. Comme des deux passagers, l’un ne devait guère quitter le gouvernail, il n’y avait qu’une seule couchette dans la cabine. On avait cependant trouvé moyen d’y loger une chaise-longue cannelée, très confortable, et un tabouret. Il s’y trouvait un petit poêle avec une bonne provision de bois sec, et, sous l’étroite fenêtre, un buffet pouvant servir de table, et dans lequel étaient empilés de nombreux paquets.