Avec un bel entrain, ils refirent leurs paquets dans l’intérieur de la cabine.

— Vous ressemblez à un grand ours dans sa grotte, disait Marette à Kent qui buttait à chaque instant contre le buffet, le poêle, la couchette ou la chaise-longue.

— Dites plutôt que j’ai l’air d’un éléphant dans une cage d’oiseau, ma jolie petite Oie-Grise.

Cependant, lorsque Kent reprit les rames, sa physionomie devint sérieuse. Il commençait à s’inquiéter du temps et de la distance, et il tâchait de reconnaître le long des rives certains points de repère.

— Vers cinq heures au plus tard, dit-il, nous serons tout près de la Chute. Le mauvais passage durera dix minutes, et après nous n’aurons plus à craindre le bras de la Loi.

Marette lui apprit qu’elle avait une fois déjà traversé la Chute, mais voilà bien longtemps de cela. Elle avait été effrayée. Elle se souvenait d’un certain rocher comme d’un monstre qui aurait attiré ses victimes tout en rugissant.

— Oui, je me rappelle un grand rocher en forme de couteau en haut de la Chute, une sorte de dent, une dent de dragon qui divise le courant en deux.

— C’est bien cela, Marette. Il s’agit de prendre le passage de gauche. C’est le salut. Il s’y fait un rugissement formidable, un fracas horrible : mais c’est l’aboiement d’un chien inoffensif. En somme, les accidents sont très rares. Lorsqu’il est impossible de gouverner l’embarcation, qu’on vient frapper la Dent du Dragon, ou s’engage dans le couloir de droite, alors seulement il y a de la casse.

Marette eut un petit rire.

— Vous voulez dire, Jim, qu’à part un de ces trois petits ennuis, nous avons chance de passer sains et saufs la terrible chute ?