Elle fit un signe affirmatif.
— On prétend qu’aucun être vivant n’a jamais traversé le Pays du Soufre, dit-elle. Mais c’est faux : je l’ai traversé. Nous le traverserons ensemble, Kent. Je vous indiquais hier le chemin qui conduit à la Vallée du Silence. Ce chemin, nous le ferons tous les deux, Jim.
Ils se regardèrent, les yeux brillants.
Depuis un moment, le canot glissait sur une eau moins rapide.
Kent prit les rames. Il sentit grandir en lui le désir de voir arriver l’heure où ils quitteraient le fleuve pour entrer sous la forêt.
Il expliqua à Marette la raison pour laquelle ils ne pourraient continuer indéfiniment à naviguer. Le fleuve était la grande artère par laquelle se faisait tout le commerce du Nord : il était constamment surveillé par la police. Donc, sur le fleuve, ils risquaient d’être tôt ou tard découverts. Dans la forêt, au contraire, ils trouveraient mille et mille sentiers non battus.
— Pourquoi ne suivrions-nous pas un de ces sentiers tout de suite, Kent ? Nous sommes maintenant bien éloignés d’Athabasca-Landing.
Sans doute, mais au delà des Chutes de la Mort, nous pénétrerons dans une région où nous serons définitivement hors d’atteinte.
— Et si nous étions aperçus auparavant par le canot-automobile ?
— Nous aurions toujours le temps de nous jeter sur la rive, et ils auraient plus de peine à nous débusquer qu’à trouver une aiguille dans une meule de foin. Mais cela nous obligerait à faire un long détour. Dans tous les cas, il faut nous tenir prêts.