— Les belles roses.

— Et les beaux souliers…

— Taquin ! Non, je les déteste.

— Alors, pourquoi en avez-vous une si ample collection ?

— On doit toujours être sur ses gardes avec vous. Vous poursuivez toujours votre enquête. Je me tairai donc, Monsieur.

Et cependant, emportée par le flot de ses souvenirs, elle ne tarda pas à reprendre ses confidences.

— Non, je ne puis me plaindre de l’accueil qu’on m’a fait à Montréal, à la villa Maria. On a été gentil avec moi ; je pense qu’on m’aimait. Mais chaque soir, je faisais une prière. Vous savez ce que les Trois Fleuves sont pour nous autres, gens du Nord. L’Athabasca est la Grand’Mère, l’Esclave est la Mère et le Mackenzie est la Fille. Au-dessus d’elles règne toujours la déesse Niska, l’Oie grise. Dans ma prière, je demandais de pouvoir retourner bientôt vers les Trois Fleuves. A Montréal, il y avait du monde, du monde partout, des milliers et des milliers d’indifférents. J’en étais malade, je me sentais terriblement seule. Je voulais m’en aller. Car il y a en moi du sang de l’Oie Grise, Jim. J’aime les forêts, et la déesse Niska ne vit pas à Montréal. Son soleil ne se lève pas là, et sa lune n’est plus la même. Les gens ont une façon tout autre de vous regarder là-bas, aux Trois Fleuves. Je les aimais tous.

Certes, Kent était attentif aux paroles de Marette, mais c’était surtout sa voix qui le ravissait, une voix d’une douceur mélodieuse où entrait quelque chose de mystérieux : du velours recouvrant de l’acier. Tandis qu’elle parlait de Niska, l’Oie Grise, la déesse des Trois Fleuves, il songeait qu’il y avait vraiment en elle l’esprit de cette déesse intrépide.

— Vous connaissez le grand pays du Soufre au delà du Fort-Simpson, à l’ouest, entre les deux Nahanis ? demanda-t-elle.

— Oui, c’est là que Kilbane et sa patrouille se perdirent. Les Indiens l’appellent aussi le Pays du Diable, n’est-ce pas ?