Les heures de l’après-midi furent pour eux comme un rêve.
Les rives boisées du fleuve devenaient plus imposantes dans le vaste silence et le calme des pays inhabités. Trois ou quatre fois seulement ils aperçurent des traces de vie humaine : une barque attachée à la racine d’un arbre, un campement d’Indiens, des cabanes de trappeurs, construites à l’entrée de petites clairières.
Ils atteignirent sans danger le passage où le fleuve roule, transformé en un grand rapide, sur un parcours de plusieurs milles. Là, l’usage des rames devenait inutile.
Assis côte à côte près de la barre, Kent et Marette devisèrent de leur passé. Elle voulait connaître les impressions qu’il avait éprouvées au cours de ses expéditions dans l’extrême-Nord. Il lui en conta quelques-unes, et lui dit son amour pour la solitude et la grande forêt. Il remonta aux jours lointains en sa mémoire pour lui retracer son enfance passée dans une ferme.
Elle l’écoutait et souriait discrètement. Elle aussi lui raconta sa vie d’écolière ; elle lui dit l’immense joie qu’elle ressentait à s’isoler au cour des forêts et son désir d’y vivre encore. Mais elle n’entra dans aucun détail de son existence familiale, elle ne lui parla ni de son père, ni de sa mère, ni de ses frères et sœurs. Cette omission ne semblait pas affectée, et Kent ne posa aucune question. Il savait que ces choses étaient parmi celles qu’elle lui apprendrait quand viendrait l’heure où tout danger serait écarté.
— Songez que j’ai été quatre ans absente de chez nous. Quatre ans, Jim ! Comme cela a été long !
— Et maintenant, nous allons chez vous, Marette.
En réponse, elle prit une main de Kent pour la presser un instant dans les siennes.
— Je crois que je serais morte, si j’avais été obligée de séjourner plus longtemps à Montréal, reprit-elle. Il n’y a qu’une chose que j’aimais.
— Quoi donc ?