Il était sept heures quand il arriva à la plaine. Poursuivant sa route dans l’obscurité, il aperçut quelques lumières disséminées entre de sombres masses d’arbres.
Il ne sentait pas la fatigue de sa longue marche. D’un pas alerte, il se dirigeait vers une des lumières, celle d’une large fenêtre dont il ne tarda pas à distinguer les multiples carreaux. Il aurait voulu courir, mais quelque chose l’arrêta net.
Il lui sembla que son cœur était monté dans sa gorge et l’étreignait jusqu’à l’étouffer.
C’était une voix d’homme qu’il venait d’entendre appelant dans l’ombre : « Marette ! Marette ! ».
Kent se mit à trembler ; il crut qu’il devenait fou. La voix appela de nouveau : « Marette ! Marette ! »
Cette voix était bien réelle : l’air en vibrait réellement, elle éveillait au loin un écho. Ce fut aussi un écho qu’elle éveilla en Kent, qui lui-même se mit à crier : « Marette ! Marette ! »
Malgré le tremblement de ses genoux, il se mit à courir. Dans le brouillard, deux formes se dessinèrent devant la clarté de la fenêtre. Elles étaient comme hésitantes. Kent appela encore, et elles se dirigèrent vers lui. Il chancela, en répétant le même nom d’une voix affaiblie. Une voix féminine lui répondit et une des deux personnes se précipita à sa rencontre.
Ils n’étaient plus maintenant qu’à trois pas l’un de l’autre ; leurs yeux se rencontrèrent. Mais ils furent, dans l’instant même, privés de tout mouvement, sidérés par le miracle que permettait un Dieu grand et miséricordieux : leur résurrection.
Avec effort, Kent ouvrit ses bras, Marette s’y jeta avec abandon.
L’autre personne, arrivant alors, les trouva agenouillés et serrés dans les bras l’un de l’autre. Kent, relevant la tête, reconnut Sandy Mac Trigger, celui dont il avait sauvé la vie à Athabasca Landing.