Kent eut une longue insomnie.

S’étant remis en marche dès la jointe du jour, il arriva d’assez bonne heure au pied des premiers contreforts de la chaîne. Il gravit le premier avec ardeur. A midi, il en avait atteint le sommet.

Une nouvelle vallée venait de lui apparaître : il fut convaincu que c’était la Vallée du Silence.

D’un côté, à une distance de trois ou quatre milles, partait l’énorme montagne dont la cime dominait les vertes prairies. D’un autre, vers le sud, Kent pouvait voir, sous la lumière crue du soleil, le miroitement de petits ruisseaux et de lacs minuscules ainsi que les riches couleurs et les taches sombres des cèdres, des sapins et des balsamiers, comme d’immenses tapis de velours. Au Nord, la montagne qu’il venait de gravir se prolongeait à trois ou quatre milles de là par une vaste courbe qui masquait une partie de la vallée.

Il se dirigea ce de côté, après avoir pris quelque repos.

Il était quatre heures lorsqu’il parvint au coude de la vallée. Il découvrit alors une cuvette géante, creusée dans les montagnes environnantes, une cuvette de deux milles de diamètre.

Tout d’abord, il ne distingua aucun détail de ce paysage ; mais avant qu’il se fût appliqué à l’examiner attentivement, l’aboiement sonore d’un chien lui parvint et le fit longuement tressaillir.

La vapeur chaude et dorée qui précède le coucher du soleil dans les montagnes s’amassait entre lui et la vallée. Pourtant, à travers cette brume, il put discerner quelques bâtiments et un enclos, tout près d’un lac minuscule d’où s’échappait un petit ruisseau scintillant. Mais il ne vit autour aucun signe de vie.

Soudain, il eut la conviction de se trouver devant la Vallée du Silence. Sans chercher un chemin, sans s’inquiéter du temps ou de la distance, il commença à descendre la pente.

Il essayait de se représenter la maison de Marette. Il lui semblait qu’elle lui appartenait, cette maison, ou du moins qu’il en faisait partie, qu’en y entrant il atteignait son lieu de repos, un dernier refuge, son propre foyer. On allait lui faire un cordial accueil… Il pressa le pas au point d’en être essoufflé. Le soleil sombrait derrière les pics géants.