O’Connor eut un sourire sarcastique.

— Tu ne le vois pas ! Eh bien, il se peut que je sois aveugle et idiot à la fois, et peut-être même un peu trop sous le coup de l’émotion. Mais il me semble que Kedsty s’est un peu trop pressé de faire ouvrir la cellule de Mac Trigger, oui, un peu trop pressé, à mon avis.

Kent, pour détourner l’entretien, demanda :

— As-tu assisté au départ de la flottille de Rossand ? Cela nous ramène à trois ans en arrière, mon pauvre vieux. Tiens, passe-moi donc la boîte de cigares, je veux en essayer un dans ma pipe.

O’Connor ne resta plus que quelques minutes avec son ami. Il s’efforçait de prendre un ton plaisant ; mais sa gaîté sonnait faux.

Tandis qu’il s’enfonçait dans le corridor, son pas n’avait jamais été aussi lourd.

CHAPITRE III
UN MYSTÈRE

Bien que voulant rester maître de lui, Kent éprouva, au départ d’O’Connor, une oppression étouffante.

A l’horizon, un orage s’amoncelait. La lointaine houle des forêts changeait de tons et de couleurs. L’allégresse des montagnes et des collines avait disparu. La nuance des sapins, des cèdres et des balsamiers se transforma en un noir opaque. Les reflets d’or et d’argent des bouleaux et des peupliers se muaient en un gris lugubre et uniforme, presque invisible. Une tristesse sombre et pénétrante s’étendait comme un voile sur le fleuve qui, un instant auparavant, avait projeté la gloire du soleil sur la face bronzée des hommes de la brigade. Un long roulement de tonnerre se rapprochait.

Pour la première fois depuis l’émotion causée par son aveu. Kent sentit peser sur lui une épouvantable mélancolie. Il n’avait cependant point peur de la mort à cette heure ; mais un peu de sa belle philosophie s’était évanoui. Après tout, c’est une triste chose que de mourir seul. Son oppression devenait de plus en plus aiguë ; et il lui était pénible de penser qu’il pouvait rendre l’âme pendant que le soleil ne brillait pas.