Vraiment, Kent tremblait de colère. Sa raison reprit le dessus. Sa dernière chance dépendait uniquement de son sang-froid.
— Empoche ça, mon vieux, ainsi que mes félicitations, dit-il en glissant deux cigares dans la main de Mercer.
Ce serait donc ce soir même…
La lune ne devait apparaître au-dessus des forêts qu’après onze heures. Kent enjamberait la fenêtre à dix heures. Son plan était bien arrêté.
Il y avait toujours un certain nombre de bateaux près de chez Crossen. Il en choisirait un, et quand Mercer s’apercevrait de sa disparition, il aurait déjà parcouru quarante milles sur le chemin de la liberté. Il laisserait alors filer la barque à la dérive, ou il la cacherait, et il partirait à travers la campagne jusqu’à ce qu’on perdît ses traces.
De quelque manière que ce fût, il parviendrait bien à se procurer des armes et de la nourriture. Il était heureux de n’avoir pas donné à Mercer les cinquante dollars qui se trouvaient encore sous son oreiller.
Mercer, la mine toute déconfite, entra avec le souper.
— Qu’est-ce qui t’arrive ? lui demanda Kent.
— Je suis… je suis bien contrarié. Je n’aurais pas cru que Kedsty prît la chose si au sérieux. J’ai des ordres pour que vous soyez prêts à déménager demain matin.
— Demain !