CHAPITRE X
L’IRONIE DU SORT
Kent comprit combien son acte était insensé quand il se releva. Par cet acte, il venait de perdre toute chance de gagner le fleuve.
A la clarté des étoiles, il aperçut des gens qui se précipitaient vers lui ; mais il était dans un tel épuisement qu’il ne pouvait songer à lutter ni à courir. Ses muscles, inaccoutumés à l’effort qu’il venait de fournir dans sa rage de vengeance, se relâchaient. La vigueur sur laquelle il avait compté pour s’évader l’abandonnait. La tête lui tournait. Il sentit quelque chose se détraquer en lui, et il crut qu’il s’évanouissait.
Des voix l’enveloppaient ; une chose froide et dure comme une mâchoire lui serra le poignet.
Il reconnut enfin le constable Carter, bras droit de Kedsty à la caserne, et le vieux Sands, l’intendant de Cardigan. Ses idées lui revenaient, il agita les mains, les sentant engourdies, et il vit luire l’acier des menottes.
Comme Sands était penché sur Mercer, Carter disait à Kent d’une voix basse :
— C’est bien fâcheux, ce qui arrive. Je t’ai vu de la fenêtre quand Mercer a crié. Pourquoi t’es-tu arrêté ? Il fallait filer.
Mercer, le visage tuméfié et méconnaissable, se relevait avec l’aide de Sands. Il se lamentait, pleurait comme un veau et, dans sa frayeur, il suppliait Kent de ne plus recommencer à le battre.
Carter entraîna doucement James Kent, en lui disant :
C’est une bien pénible, très pénible corvée pour moi ; mais la loi exige que je te conduise à la caserne.