Il se laissa tomber comme un gros paquet de gélatine sur l’unique chaise de la cellule, et le chien s’affala lourdement à ses pieds.
Kent s’assit sur le bord de son lit et lui sourit amicalement.
— Cela n’a pas toujours été ainsi, n’est-ce pas, « Doigts-Sales » ? Il y a vingt ans, tu n’aurais pas été essoufflé pour avoir grimpé une colline ?
— Oui, sans doute.
— Il y a vingt ans, tu étais un fameux lutteur.
Ce mot donna de l’éclat aux yeux ordinairement ternes de « Doigts-Sales ».
— Un fameux lutteur ! répéta Kent. Tous les hommes étaient des lutteurs dans ces jours de course à l’or. On m’a raconté, dans mes voyages, quelques-unes de tes aventures. J’ai entendu ton histoire, là-bas, dans le Nord. Je l’ai gardée pour moi. Tu l’aurais racontée toi-même si tu tenais à ce qu’on la connût.
« Doigts-Sales » secoua la tête d’un air d’incrédulité et il eut un léger plissement des lèvres dont Kent saisit la signification.
— Oui, mon vieux renard, j’ai compris. Lorsqu’on un service, un grand service à demander à quelqu’un, il est d’usage de le flatter. Et si l’on peut lui rappeler une ancienne prouesse, on a chance de mieux se le concilier. C’est ce que tu penses, n’est-ce pas ? Employer ce moyen n’est pas de mon genre ; je t’estime trop pour cela. Je veux te demander de m’aider. Le Père Layonne t’a mis au courant de ma situation. Elle est pire que celle qu’il t’a décrite. Tu verras, quand j’entrerai dans les détails. Tu pourrais hésiter, mais tu n’hésiteras plus quand je t’aurai rappelé un certain moment de ton passé. J’en suis sûr.
— Quel est ce moment ?